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Finance d'Entreprise

Cession et transmission : le guide complet

Thomas Berger
Thomas Berger, Expert-comptable & fiscaliste
Publié le 9 octobre 2026 · 18 min de lecture
Cession et transmission : le guide complet
L'essentiel

La cession est une transmission à titre onéreux, avec un prix, tandis que la transmission couvre tout transfert de propriété, y compris gratuit par donation ou succession. Cette distinction est importante car elle détermine le régime juridique et fiscal applicable, notamment la plus-value, les droits d’enregistrement et les droits de donation ou de succession. Elle oriente aussi le choix entre cession de fonds, cession de titres et transmission familiale.

Définition et différences : cession vs transmission

Deux logiques juridiques à ne pas confondre

Dans le langage courant, on parle volontiers de « transmission d’entreprise » pour évoquer une vente. En pratique, la distinction est plus subtile : la transmission désigne tout transfert de propriété, quel qu’en soit le mode ; la cession n’en constitue qu’une modalité, forcément à titre onéreux. Une transmission peut donc être gratuite (donation, succession) ou onéreuse (vente). Cette nuance change tout sur le plan juridique comme fiscal.

La cession : un transfert contre paiement

La cession suppose une contrepartie financière. Juridiquement, le transfert de propriété s’opère dès l’accord sur la chose et le prix (article 1583 du Code civil), même si le paiement est échelonné. Elle concerne aussi bien :

  • la cession d’un fonds de commerce ou d’une clientèle ;
  • la cession de parts sociales ou d’actions (SARL, SAS) ;
  • la cession de titres entre associés ;
  • la vente d’un fonds artisanal ou d’un droit au bail.

Côté fiscalité, le cédant réalise une plus-value imposable : 30 % au titre du prélèvement forfaitaire unique pour les titres de sociétés (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif. Pour une entreprise individuelle, l’article 151 septies du CGI peut exonérer totalement la plus-value si le chiffre d’affaires n’excède pas 250 000 € (négoce) ou 90 000 € (services) sur les trois derniers exercices. L’acquéreur, lui, supporte des droits d’enregistrement : 3 % sur la fraction comprise entre 23 000 € et 200 000 € pour un fonds de commerce, puis 5 % au-delà.

La transmission : donation, succession ou cession familiale

La transmission à titre gratuit repose sur l’intention libérale. Elle prend deux formes principales :

  • La donation : acte notarié, enregistré dans le mois, avec un abattement de 100 000 € par parent et par enfant en ligne directe, renouvelable tous les 15 ans.
  • La succession : déclaration à déposer dans les 6 mois du décès, avec le même abattement, puis un barème progressif de 5 % à 45 % selon le lien de parenté (article 777 du CGI).

Le fameux pacte Dutreil (article 787 B du CGI) permet d’exonérer 75 % de la valeur des titres transmis, à condition d’un engagement collectif de conservation de 2 ans, puis d’un engagement individuel de 4 ans. Un levier considérable pour préparer une transmission familiale.

Des implications juridiques contrastées

CritèreCessionTransmission gratuite
ContrepartiePrix obligatoireAucune
ActeSous seing privé ou notariéNotarié (donation)
Fiscalité cédant/donateurPlus-valueDroits de mutation à titre gratuit
Fiscalité bénéficiaireDroits d’enregistrementDroits de donation/succession

Retenez ce fil conducteur : la cession répond à une logique de marché et de valorisation immédiate, tandis que la transmission gratuite obéit à une logique patrimoniale et familiale, avec des droits calculés sur la valeur reçue. C’est précisément ce double régime qui explique la diversité des montages rencontrés en cabinet.

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Types de cession et transmission d’entreprise

La cession de fonds de commerce

La cession de fonds de commerce porte sur un ensemble de biens affectés à l’exploitation : clientèle, enseigne, droit au bail, matériel, marchandises. Elle est régie par les articles L.141-1 et suivants du Code de commerce, qui imposent une publicité préalable dans un journal d’annonces légales et un délai de 15 jours avant la signature de l’acte.

Trois éléments doivent obligatoirement figurer dans l’acte, à peine de nullité :

  • l’origine de propriété du fonds (acquisition antérieure, apport, création) ;
  • l’état des privilèges et nantissements ;
  • le chiffre d’affaires et les résultats des trois derniers exercices.

Le vendeur bénéficie d’un privilège sur le prix pour garantir le paiement, et l’acheteur d’une action résolutoire en cas d’impayé. Cette forme de cession est privilégiée par les acquéreurs en nom propre (commerçants, artisans), mais elle emporte la transmission des contrats en cours et des dettes liées à l’exploitation.

La cession de parts sociales ou d’actions

Ici, ce n’est pas le fonds qui change de main, mais les titres de la société d’exploitation. La société continue d’exister, seule la répartition du capital évolue. Cette distinction est capitale : les contrats, agréments, autorisations et baux restent en place, sans formalité de transfert.

Les formalités diffèrent selon la forme sociale :

  • pour une SARL, la cession de parts à un tiers est soumise à l’agrément des associés représentant au moins la moitié des parts, sauf clause contraire ;
  • pour une SAS, les statuts organisent librement les clauses d’agrément, de préemption ou d’inaliénabilité ;
  • pour une SA, la cession d’actions est en principe libre, sous réserve des clauses statutaires.

L’opération implique un audit d’acquisition, car l’acquéreur reprend les risques historiques : dettes fiscales, sociales, litiges, garanties de passif. Cette cession et transmission de titres demeure la voie privilégiée pour les PME structurées.

La transmission familiale et la succession

La transmission familiale suppose une préparation longue, souvent trois à cinq ans, articulée autour de trois axes : le transfert de capital, la cession progressive du pouvoir, la formation du repreneur. Le donateur ou le défunt transmet soit les titres, soit le fonds, soit un actif isolé.

Le pacte Dutreil, codifié aux articles 787 B et 787 C du CGI, constitue l’outil majeur. En contrepartie d’un engagement collectif de conservation de deux ans, puis d’un engagement individuel de quatre ans par le donataire, il exonère 75 % de la valeur des titres transmis, dans la limite de 300 000 € (plafond revalorisé). Le solde est taxé selon le barème successoral en ligne directe, après abattement de 100 000 € par parent et par enfant.

Lors de la succession, le transfert s’opère de plein droit, sans agrément. Il suppose une gestion immédiate : retrouver un dirigeant, éviter le blocage social, préserver les salariés.

La transmission à titre gratuit : la donation

La donation, quant à elle, est un acte volontaire, organisé du vivant du cédant. Elle se distingue de la succession par son caractère anticipé et son régime fiscal propre :

  • abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans (article 779 du CGI) ;
  • donation-partage pour figer la valeur des biens au jour de l’acte et prévenir les litiges ;
  • donation aux petits-enfants : abattement de 31 865 € (article 790 B du CGI) ; -donation familiale aux petits-enfants : 31 865 € supplémentaires en numéraire (article 790 A).

En droits de donation, le barème progressif varie de 5 % à 45 % en ligne directe. Pour les biens immobiliers, la transmission à titre gratuit peut également s’accompagner d’une exonération partielle de droits de mutation dans certaines zones à revitaliser.

Chacun de ces quatre schémas répond à des finalités distinctes. Le choix dépend de la forme juridique de l’entreprise, du nombre de repreneurs envisagés, de l’horizon fiscal du cédant et de la volonté de conserver la structure existante.

Processus et étapes clés de la cession-transmission

Préparation et diagnostic : poser des fondations solides

Une cession ou une transmission réussie se prépare 12 à 24 mois à l’avance. Cette phase conditionne la valeur obtenue, parfois plus que la fiscalité elle-même. Concrètement, il faut :

  • Auditer l’entreprise en amont : régularisation des comptes, provisionnement des litiges, purge des comptes courants d’associés, reclassement des charges exceptionnelles.
  • Sécuriser l’actif immatériel : baux commerciaux, contrats clients, licences, marques, contrats de travail des salariés clés.
  • Réduire la dépendance : un acquéreur valorise moins une société dont un client pèse 40 % du chiffre d’affaires. Fidéliser les équipes et documenter les process prend du temps.

Pour une transmission familiale, l’anticipation ouvre droit au pacte Dutreil, qui exonère 75 % de la valeur des titres transmis, sous conditions strictes (engagement collectif de conservation, fonction de direction).

Évaluation et fixation du prix

Le prix ne sort pas d’une formule unique. Trois méthodes se complètent :

  • Approche patrimoniale : actif net réévalué (immobilier, stocks, créances).
  • Approche par les multiples : 4 à 8 fois l’EBITDA pour une PME selon le secteur, le potentiel de croissance et la dépendance du dirigeant.
  • Approche DCF (actualisation des flux de trésorerie futurs).

Un écart de 20 à 30 % entre la valorisation du vendeur et celle de l’acquéreur est fréquent. Deux outils permettent de concilier les positions : l’earn-out (complément de prix indexé sur la performance future) et la clause de retour à meilleure fortune.

Prospection d’acquéreurs et négociation

La prospection passe par des cabinets de cession, des réseaux professionnels (experts-comptables, avocats, chambres consulaires) ou un appel d’offres privé. Le processus suit un calendrier précis :

  1. Teaser anonymisé puis NDA (accord de confidentialité) signé.
  2. Mémorandum d’information détaillé, avec comptes sur 3 exercices.
  3. Lettre d’intention (LOI) : prix indicatif, conditions suspensives, clause d’exclusivité de 2 à 6 mois.
  4. Due diligence approfondie : juridique, fiscale, sociale, environnementale.
  5. GAP (garantie d’actif et de passif) négociée, souvent avec plafond et franchise.

Cette phase s’étale en moyenne sur 6 à 12 mois pour une PME.

Signature du contrat et formalités administratives

Le closing se décompose en plusieurs actes :

  • Cession de fonds de commerce : acte notarié ou sous seing privé, enregistré au service des impôts, publication au journal d’annonces légales, information des salariés.
  • Cession de droits sociaux : acte notarié ou sous seing privé, enregistrement au droit de 0,1 % (5 % pour les sociétés non cotées à prépondérance immobilière), mise à jour du registre des mouvements de titres et dépôt au greffe.
  • Paiement du prix : comptabilisation des droits d’enregistrement, possible séquestre chez le notaire.
  • Formalités post-closing : transfert des contrats, changement de dirigeant au RCS, déclaration de plus-value.

Anticiper ces formalités évite les retards de paiement et les redressements fiscaux qui affectent la valeur nette de la cession ou de la transmission.

Fiscalité et coûts de la cession-transmission

L’impôt sur les plus-values professionnelles

Pour un entrepreneur individuel relevant des BIC ou BNC, la plus-value de cession est imposée selon le régime des plus-values professionnelles. Le taux global atteint fréquemment 30 % (17,2 % de prélèvements sociaux + impôt sur le revenu au barème), mais plusieurs mécanismes permettent un allègement.

  • Exonération pour départ à la retraite : l’article 151 septies A du CGI prévoit une exonération totale si la cession intervient dans les 24 mois précédant ou suivant la cessation, sous condition de recettes inférieures à 350 000 € (BIC) ou 250 000 € (BNC) sur l’exercice et les deux précédents.
  • Abattement pour durée de détention (art. 151 septies B du CGI) : 10 % par an au-delà de la 5ᵉ année pour les biens immobiliers affectés à l’exploitation, soit une exonération totale à 15 ans.
  • Régime des petites entreprises (art. 151 septies) : exonération totale si recettes < 250 000 € (BIC) et < 90 000 € (BNC), dégressive jusqu’à 350 000 € et 126 000 €.

Pour les sociétés soumises à l’IS, la plus-value est intégrée au résultat imposable à 15 % (jusqu’à 42 500 €) puis 25 %. Les titres de PME cédés par des particuliers peuvent, sous conditions, bénéficier de l’abattement renforcé pour durée de détention (50 % entre 2 et 8 ans, 65 % au-delà).

Les droits de mutation (droits d’enregistrement)

Lorsque la cession porte sur un fonds de commerce ou une clientèle, des droits d’enregistrement sont dus. Le taux de droit commun est de 3 % pour la fraction comprise entre 23 000 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà, avec un plafond de droits fixé à 5 % (CGI art. 719). Une cession de fonds à 400 000 € génère ainsi environ 8 700 € de droits.

Point essentiel : la transmission à titre gratuit (donation ou succession) bénéficie du pacte Dutreil. Ce dispositif permet un abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis, dans la limite de 300 000 € par donataire, avec engagement collectif de conservation de 2 ans. Les droits de donation sont ensuite calculés sur la base réduite, après un abattement de 100 000 € par enfant.

TVA et régime fiscal applicable

Une cession de titres n’est pas soumise à la TVA. En revanche, une cession d’actifs isolés y est soumise, sauf application de l’article 257 bis du CGI sur la transmission universelle d’entreprise. Pour les immeubles, les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) s’élèvent à environ 5,80 % (départements ayant relevé leur taux), auxquels s’ajoutent la contribution de sécurité immobilière (0,10 %).

Frais de notaire et honoraires professionnels

Le coût total de l’opération représente généralement entre 3 % et 8 % du prix de cession :

  • Frais de notaire : 7 à 8 % pour un bien ancien (dont DMTO), 2 à 3 % pour le neuf.
  • Expert-comptable : chiffrage de 1 500 à 5 000 € pour une valorisation, de 3 000 à 10 000 € pour une attestation de cession.
  • Avocat en droit des sociétés : entre 5 000 € et 15 000 € pour la rédaction des actes et garanties.
  • Commissaire aux comptes (si applicable) : rapport sur la valeur des apports.

Anticipez ces frais dès la négociation : ils pèsent sur le produit net de cession et doivent être intégrés à votre calcul de rentabilité, particulièrement dans une cession et transmission préparée plusieurs années à l’avance.

Régime juridique et obligations légales

Le devoir d’information et de transparence

L’article 1112-1 du Code civil pose un principe général : chaque partie doit communiquer à l’autre les informations déterminantes dont elle a connaissance. Pour une cession de fonds de commerce, l’article L.141-1 du Code de commerce impose au vendeur de remettre à l’acquéreur, avant la signature, une liste précise de documents : comptes annuels des trois derniers exercices, chiffre d’affaires, état des créances et dettes, inventaire du matériel, contrats en cours et situation du personnel. Pour la cession de parts sociales, le cédant doit faciliter l’accès à la liasse fiscale, aux rapports de gestion et aux procès-verbaux d’assemblée. Cette transparence se matérialise par un audit préalable (due diligence) juridique, fiscal et social, qui sécurise le repreneur et limite les litiges postérieurs.

Garantie d’actif et de passif : la clé de la sécurité

La garantie d’actif et de passif (GAP), régie par les articles 1625 et suivants du Code civil, permet à l’acquéreur d’être indemnisé si un passif omis ou une moins-value d’actif apparaît après la cession. Les usages retiennent une durée de 18 à 36 mois, un plafond souvent fixé entre 20 % et 50 % du prix, et une franchise. Les « reps and warranties » complètent le dispositif : le cédant certifie l’exactitude de ses déclarations (situation fiscale, contentieux, propriété intellectuelle, conformité réglementaire). Un séquestre de 5 % à 10 % du prix chez un tiers (notaire ou avocat) est fréquent. Attention : ces garanties ne couvrent pas les faits connus de l’acquéreur au jour de la signature.

Droit du travail : un transfert automatique

L’article L.1224-1 du Code du travail est impératif : la cession ou transmission d’entreprise emporte transfert de plein droit des contrats de travail en cours. Les salariés conservent leur ancienneté, leur rémunération et leurs avantages collectifs. Un licenciement motivé par la seule cession est nul. Pour les entreprises de moins de 250 salariés, la loi Hamon impose au cédant d’informer les salariés au moins 2 mois avant la cession ; au-delà de ce seuil, une consultation du CSE est requise. Les contrats commerciaux en cours (baux, fournisseurs, clients) doivent également être repris selon les clauses prévues.

Enregistrement et publicité : des délais à respecter

  • Droits d’enregistrement : cession de fonds de commerce, 3 % (art. 719 CGI) ; parts de sociétés à prépondérance immobilière, 5 % (art. 726 CGI) ; autres parts sociales, 0 % ; actions, 0,1 %. Délai d’enregistrement : 1 mois (art. 1701 CGI).
  • Publicité du fonds : insertion dans un journal d’annonces légales dans les 15 jours, inscription au RCS d’origine et au RCS du lieu d’exploitation du repreneur dans le mois.
  • Opposabilité aux tiers : publication au BODACC pour la cession de fonds de commerce ; mise à jour des statuts et dépôt au greffe pour la cession de parts.

Un calendrier rigoureux évite les nullités et préserve l’opposabilité de l’opération.

Risques et précautions dans une cession-transmission

Une cession et transmission réussie ne se juge pas à la signature de l’acte, mais aux dix-huit à trente-six mois qui suivent. Les risques sont identifiables, donc maîtrisables — à condition de les traiter en amont.

Les angles morts de l’évaluation

Deux évaluateurs peuvent aboutir légitimement à un écart de 30 % sur la même PME, selon qu’ils retiennent l’actif net réévalué, les multiples de comparables sectoriels ou une actualisation des flux (DCF). Le taux d’actualisation, la pérennité de l’EBE, une rémunération de dirigeant supérieure au marché ou un bail déséquilibré pèsent immédiatement sur le prix.

Précaution : faites établir une évaluation contradictoire par un tiers indépendant, puis sécurisez l’écart par un complément de prix indexé sur l’EBE des deux ou trois exercices suivants. Un earn-out mal rédigé — calculs flous, normes comptables non définies, absence de règles de gestion pendant la période — devient la première source de contentieux.

Contentieux post-cession et recours

L’acquéreur qui découvre un passif non révélé (redressement Urssaf, litige client, matériel obsolète) peut agir sur le fondement du dol ou de l’erreur sur les qualités substantielles (articles 1130 et 1137 du Code civil). D’où la clause de garantie d’actif et de passif (GAP), dont les usages du marché français s’établissent autour de :

  • un plafond de 10 à 30 % du prix de cession ;
  • une durée de 18 à 36 mois, portée à 60 mois pour les garanties fiscales et sociales ;
  • une franchise de 1 à 2 % du prix, et un seuil de déclenchement.

Une GAP sans plafond ni délai vous engage des années. Vérifiez également l’absence de caution personnelle non purgée : une caution solidaire sur un emprunt bancaire reste due si la banque n’a pas donné son accord écrit de mainlevée. En matière civile, la prescription est de cinq ans (article 2224 du Code civil), sauf délai contractuel plus court.

Continuité de l’activité et risques opérationnels

Un fonds de commerce peut perdre 20 à 30 % de son chiffre d’affaires lorsqu’il dépend du dirigeant sortant, d’un client unique ou d’un fournisseur exclusif. Les contrats à personne — distribution, agréments préfectoraux, conventions de compte — ne se transmettent pas sans autorisation.

Trois précautions concrètes :

  • une clause de non-concurrence limitée dans le temps, l’espace et l’activité, proportionnée à l’enjeu ;
  • une période de transition de 6 à 12 mois, avec accompagnement opérationnel facturé ou intégré ;
  • la vérification des clauses d’agrément, de préemption et de sortie conjointe du pacte d’associés.

Assurance responsabilité civile et garanties

Enfin, l’assurance : RC professionnelle du cédant, qui doit être maintenue après la cession pour couvrir les prestations antérieures ; assurance homme clé, souvent exigée par le repreneur ; RC mandataire social si vous avez géré en société. Une garantie de passif signée sans contre-garantie bancaire reste une promesse reposant sur le patrimoine du cédant — d’où l’intérêt d’un séquestre de 10 à 15 % du prix libéré au terme de la période de garantie.

Conseils pour optimiser votre cession-transmission

Préparer la cession plusieurs années à l’avance

Une cession ou une transmission réussie ne s’improvise pas. Idéalement, engagez la réflexion deux à cinq ans avant la date envisagée. Cette période permet de :

  • Fiabiliser les comptes : un bilan propre, sans comptes courants d’associés anormalement débiteurs, rassure l’acquéreur et soutient le prix.
  • Réduire la dépendance au dirigeant : déléguez, formalisez les procédures, sécurisez les contrats clients. Un acquéreur finance plus facilement une entreprise qui tourne sans son fondateur.
  • Structurer juridiquement l’opération : apport en holding, filialisation d’actifs, réorganisation du capital. Chaque montage a des conséquences fiscales distinctes.

Pour la transmission familiale, le pacte Dutreil (article 787 B du CGI) reste l’outil central : il ouvre un abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis, sous conditions d’engagement collectif et individuel. Anticiper son déclenchement est indispensable.

S’entourer des bons spécialistes

Un projet de cession et de transmission mobilise au minimum trois professionnels :

  • L’expert-comptable : valorisation, retraitements, présentation d’un dossier crédible, contrôle fiscal préventif.
  • Le notaire : actes, garanties, transmission patrimoniale et successorale.
  • L’avocat fiscaliste : sécurisation juridique, optimisation du montage, rédaction des clauses sensibles.

Le coût de ces interventions (souvent 2 à 5 % du prix de cession pour l’ensemble) est marginal au regard des enjeux. Un schéma mal calibré peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros d’impôt supplémentaire.

Négocier les bonnes conditions

Le prix n’est qu’un élément du contrat. Portez une attention particulière à :

  • La structure du paiement : le earn-out (complément de prix indexé sur les résultats futurs) est courant, mais impose de définir précisément les agrégats retenus — risque de litige.
  • La garantie d’actif et de passif (GAP) : elle couvre en général 10 à 20 % du prix, sur 2 à 3 ans. Négociez plafonds, franchises et délais.
  • Les clauses annexes : non-concurrence, transfert des contrats, sort des salariés (article L. 1224-1 du Code du travail en cas de transfert d’entreprise).
  • Le calendrier de paiement : un versement étalé modifie l’imposition dans le temps, notamment pour les plus-values soumises au prélèvement forfaitaire unique de 30 %.

Cadrer la planification fiscale et successorale

L’articulation entre cession et transmission est déterminante. Deux pistes méritent l’analyse :

  • La donation avant cession : transmettre les titres avant la cession purge la plus-value chez le donataire (article 150-0 D 1 ter CGI sous conditions). Le gain peut être considérable.
  • L’apport-cession (150-0 B ter) : l’apport des titres à une holding permet un report d’imposition, sous engagement de réinvestir dans les 24 mois (voire 36 mois selon les cas) dans une activité éligible. Le non-respect du réinvestissement entraîne la reprise de l’imposition.
  • Le régime des dirigeants partant à la retraite : l’abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value de cession, prévu par l’article 150-0 D 1 ter, suppose la cessation de fonctions et le départ en retraite dans les 12 mois.

Chaque dispositif obéit à des conditions strictes et des délais précis. Une cession mal planifiée peut ainsi transformer une opération patrimoniale réussie en charge fiscale évitable : la préparation mérite donc le même sérieux que la négociation elle-même.

En résumé

  • Qualifiez l’opération dès le départ : la cession est nécessairement à titre onéreux et génère plus-value et droits d’enregistrement, alors que la transmission gratuite relève des droits de donation ou de succession.
  • Pour céder un fonds de commerce, publiez l’annonce légale, respectez le délai de 15 jours et inscrivez dans l’acte l’origine de propriété, l’état des privilèges et nantissements, ainsi que le chiffre d’affaires et les résultats des trois derniers exercices.
  • Pour une transmission familiale, préparez le pacte Dutreil avec un engagement collectif de conservation de 2 ans puis un engagement individuel de 4 ans afin d’exonérer 75 % de la valeur des titres transmis, dans les conditions et limites prévues.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre cession et transmission d'entreprise ?

La transmission désigne tout transfert de propriété, quel qu'en soit le mode ; la cession n'en constitue qu'une modalité, forcément à titre onéreux. Une transmission peut donc être gratuite (donation, succession) ou onéreuse (vente).

Quels sont les droits d'enregistrement à payer pour acheter un fonds de commerce ?

L'acquéreur supporte des droits d'enregistrement de 3 % sur la fraction comprise entre 23 000 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà. Ces droits concernent notamment la cession d'un fonds de commerce.

Comment est imposée la plus-value en cas de cession de titres de société ?

Le cédant réalise une plus-value imposable au prélèvement forfaitaire unique de 30 % pour les titres de sociétés, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Il peut opter pour le barème progressif.

Qu'est-ce que le pacte Dutreil ?

Le pacte Dutreil permet d'exonérer 75 % de la valeur des titres transmis, sous condition d'un engagement collectif de conservation de 2 ans puis d'un engagement individuel de 4 ans. Il est codifié aux articles 787 B et 787 C du CGI.

Quelles sont les formalités pour céder un fonds de commerce ?

La cession de fonds de commerce impose une publicité préalable dans un journal d'annonces légales et un délai de 15 jours avant la signature de l'acte. Trois éléments doivent aussi figurer dans l'acte à peine de nullité : origine de propriété, état des privilèges et nantissements, chiffre d'affaires et résultats des trois derniers exercices.

⚠️ Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil financier, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision engageant votre situation.
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Expert-comptable & fiscaliste

Thomas Berger est Expert-comptable & fiscaliste. Diplôme d'expertise comptable (DEC) ; 15 ans en cabinet ; met à jour ses guides à chaque loi de finances et cite les articles du CGI (Code général des impôts).. Spécialités : Déclaration De Revenus Et Calcul De L'Impôt, Crédits Et Réductions D'Impôt, Dispositifs De Défiscalisation (Pinel, Denormandie, Per, Dons).

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