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Retraite et Prévoyance

Épargne retraite individuelle : le guide complet

Claire Fontaine
Claire Fontaine, Conseillère en gestion de patrimoine (CGP)
Publié le 9 octobre 2026 · 18 min de lecture
Épargne retraite individuelle : le guide complet
L'essentiel

L’épargne retraite individuelle désigne les dispositifs facultatifs qui permettent de se constituer un capital ou une rente pour la retraite, en complément des régimes obligatoires de base et complémentaires. Elle est importante car le taux de remplacement avoisine souvent 50 % à 60 % pour un salarié du privé, ce qui crée un écart de revenus à combler. Son efficacité dépend de la durée, de la régularité des versements et de l’allocation d’actifs.

Qu’est-ce que l’épargne retraite individuelle ?

L’épargne retraite individuelle désigne l’ensemble des dispositifs facultatifs permettant à un particulier de se constituer, par des versements réguliers ou ponctuels, un capital ou une rente pour ses vieux jours. Elle ne remplace ni la retraite de base ni les régimes complémentaires obligatoires : elle vient s’y ajouter pour compenser la baisse de revenus à la cessation d’activité.

Un objectif : maintenir son niveau de vie

En France, le taux de remplacement — rapport entre la première pension et le dernier salaire — avoisine souvent 50 % à 60 % pour un salarié du privé, et peut être inférieur pour un indépendant ou une carrière hachée. Concrètement, un revenu d’activité de 3 000 € nets mensuels peut se traduire par une pension de 1 600 à 1 800 €. L’épargne retraite individuelle vise à combler tout ou partie de cet écart.

Elle repose sur trois leviers :

  • la durée : plus l’horizon est long, plus l’effet des intérêts composés est puissant ;
  • la régularité : un versement mensuel de 150 € à 250 € pèse davantage qu’un effort ponctuel ;
  • l’allocation d’actifs : le choix entre fonds en euros sécurisés et unités de compte plus dynamiques détermine le rendement espéré, mais aussi le risque.

Régimes obligatoires, complémentaires et épargne individuelle

Il faut distinguer trois étages :

  1. Les régimes obligatoires de base : Sécurité sociale des salariés, MSA, SSI pour les indépendants. Ils fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs paient les pensions des retraités.
  2. Les régimes complémentaires obligatoires : Agirc-Arrco pour les salariés du privé, régimes des professions libérales, etc. Eux aussi par répartition, mais avec des règles spécifiques.
  3. L’épargne retraite individuelle : facultative, capitalisée, logée dans des enveloppes dédiées. C’est le seul étage que vous pilotez réellement.

Le rôle dans une stratégie personnelle

L’épargne retraite individuelle intervient après la constitution d’une épargne de précaution (3 à 6 mois de dépenses) et, souvent, en complément d’un investissement immobilier ou d’un portefeuille titres. Elle se prête à un horizon long — 10, 20 ou 30 ans — ce qui permet d’accepter une volatilité plus élevée sur une partie du contrat.

Exemple : 200 € versés chaque mois pendant 30 ans, avec un rendement net moyen de 3 % par an, aboutissent à environ 114 000 €. Sans capitalisation, l’effort nominal ne serait que de 72 000 €.

Le cadre légal français

La loi PACTE de 2019 a réorganisé le paysage. Elle a créé le Plan d’épargne retraite (PER), décliné en trois versions : PER individuel, PER d’entreprise collectif et PER obligatoire. Les anciens contrats (Madelin, article 83, PERP, contrats « loi Madelin ») peuvent être transférés vers un PER, souvent sans fiscalité immédiate.

Le cadre fiscal est double :

  • à l’entrée, les versements sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels, plafonnée à 8 fois le PASS (soit environ 37 000 € de déduction maximale en 2024) ;
  • à la sortie, le capital ou la rente est imposé selon les modalités propres au PER, avec une fiscalité allégée pour la part correspondant aux versements non déduits.

L’épargne retraite individuelle n’est donc ni un placement miracle ni un simple produit d’épargne : c’est un outil de long terme, encadré, dont l’efficacité dépend de votre horizon, de votre fiscalité et de votre tolérance au risque.

Types de contrats d’épargne retraite individuelle

Le paysage de l’épargne retraite individuelle s’articule autour de quatre véhicules principaux, aux logiques fiscales et successorales bien distinctes. Le choix du contrat conditionne votre effort d’épargne, votre liquidité et le mode de sortie.

Le Plan d’Épargne Retraite (PER)

Créé par la loi PACTE de 2019, le PER est devenu le couteau suisse de l’épargne retraite individuelle. Il accepte trois flux : versements volontaires, épargne salariale (intéressement, participation, abondement) et transferts d’anciens contrats (PERP, Madelin, article 83). Les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels, avec un plafond global de 35 194 € pour 2024. À la retraite, vous choisissez librement entre capital, rente viagère ou un mix. Un déblocage anticipé est prévu pour l’achat de la résidence principale, l’invalidité ou la fin des droits au chômage. Les frais de gestion sur unités de compte oscillent entre 0,5 % et 1,5 % par an.

L’assurance-vie comme outil retraite

L’assurance-vie n’est pas un contrat retraite bloqué : vous restez maître de votre épargne et pouvez effectuer des rachats partiels à tout moment, sans justification. C’est sa force pour compléter ses revenus sans contrainte de rente. Sa fiscalité devient avantageuse après 8 ans de détention : abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple) sur les gains, puis prélèvement forfaitaire de 7,5 % (+ 17,2 % de prélèvements sociaux) pour les primes versées avant 70 ans et sous 150 000 €. Le fonds en euros garantit le capital et offrait en moyenne 2,5 % en 2023 ; les unités de compte visent un rendement supérieur, avec un risque de perte en capital.

Le PERP, l’ancêtre encore vivant

Le Plan d’Épargne Retraite Populaire (PERP) n’est plus commercialisé depuis le 1er octobre 2020. Les contrats souscrits avant cette date continuent toutefois de fonctionner. Leur particularité : sortie exclusivement en rente viagère, sauf exceptions (achat de résidence principale, invalidité, fin de droits chômage). La déduction fiscale des cotisations suit le même plafond de 10 % des revenus. Le PERP souffre souvent de frais plus élevés et d’une rente moins flexible que le PER.

Le contrat Madelin pour les travailleurs indépendants

Réservé aux travailleurs non salariés (TNS), le contrat Madelin a été remplacé par le PER individuel depuis octobre 2019, mais les contrats existants perdurent. Il permettait de déduire les cotisations dans la limite de 10 % du revenu professionnel, majorée de 15 % sur la tranche comprise entre 1 et 8 PASS (soit 46 368 € en 2024 pour le PASS). La sortie se fait obligatoirement en rente. Son atout : coupler retraite et prévoyance (maintien de revenus, frais de santé).

Comparaison des véhicules

  • Fiscalité à l’entrée : PER, PERP et Madelin déductibles ; assurance-vie non déductible.
  • Liquidité : assurance-vie la plus souple ; PER permet des déblocages anticipés ciblés ; PERP et Madelin très rigides.
  • Sortie : PER en capital ou rente ; assurance-vie en rachats libres ; PERP et Madelin en rente obligatoire.
  • Public visé : PER pour tous ; assurance-vie pour la flexibilité ; PERP pour anciens contrats ; Madelin pour TNS historiques.

Avantages fiscaux de l’épargne retraite individuelle

Déduire ses versements du revenu imposable

Chaque euro versé au titre de l’épargne retraite individuelle est déduit de votre revenu net imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Il ne s’agit ni d’une réduction ni d’un crédit d’impôt : l’avantage est proportionnel à votre taux marginal d’imposition (TMI). Pour 5 000 € versés, l’économie s’élève à 550 € à 11 %, 1 500 € à 30 %, 2 050 € à 41 % et 2 250 € à 45 %. Un versement inférieur au plafond laisse un reliquat reportable sur les trois années suivantes — le montant disponible figure sur votre avis d’imposition.

Des plafonds qui dépendent de votre statut professionnel

  • Salariés et assimilés : 10 % des revenus professionnels nets imposables, avec un minimum de 10 % du PASS (4 710 € pour 2025) et un maximum de 10 % de 8 PASS, soit 37 680 €.
  • Travailleurs non salariés (artisans, commerçants, professions libérales, gérants majoritaires) : plafond « Madelin » plus large, soit 10 % du bénéfice imposable jusqu’à 1 PASS, majorés de 15 % sur la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, jusqu’à environ 54 165 € pour 2025.
  • Fonctionnaires : la RAFP est obligatoire et déductible ; les versements volontaires relèvent du plafond de droit commun, sans majoration.
  • Couples mariés ou pacsés : les plafonds non utilisés par un conjoint peuvent être transférés à l’autre.

Aucune fiscalité sur les gains pendant l’accumulation

À l’intérieur du contrat, intérêts, dividendes et plus-values ne supportent ni impôt ni prélèvements sociaux année après année : les arbitrages entre supports ne déclenchent aucune taxation. L’assurance-vie et le PEA offrent aussi cette neutralité, mais seul le PER y ajoute la déduction des versements — c’est la combinaison des deux qui crée l’avantage. À titre de comparaison, un compte-titres ordinaire subit le prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux) sur chaque gain réalisé, ce qui rogne mécaniquement la capitalisation.

À la sortie : capital et rente ne se taxent pas pareil

  • Capital (en une fois ou fractionné) : les versements déduits sont imposés au barème de l’IR, les gains au PFU de 30 % ou au barème sur option.
  • Rente viagère : imposée comme une pension, après abattement forfaitaire de 10 % (plafonné), avec des prélèvements sociaux à 8,3 % — 4,1 % pour les revenus modestes — contre 17,2 % sur un capital.
  • Sortie mixte : la répartition entre capital et rente est libre.

Combien économisez-vous réellement ?

Tout dépend de l’écart entre votre TMI d’activité et celle de la retraite. Un cadre imposé à 30 % qui verse 5 000 € par an économise 1 500 € par an, soit 22 500 € sur 15 ans. Si sa TMI retombe à 11 % à la retraite, la sortie en capital d’environ 93 000 € (75 000 € de versements et 18 000 € de gains, à 3 % de rendement net de frais) sera taxée à hauteur d’environ 13 650 €. L’avantage est donc réel mais conditionnel : si votre TMI reste identique après la retraite, l’économie se réduit à un simple différé d’imposition.

Rendements et performance de l’épargne retraite

Abordons le nerf de la guerre : ce que rapporte concrètement une épargne retraite individuelle, et à quel prix en termes de risque et de frais.

Ce que rapportent les grands types de supports

Le rendement dépend avant tout du support choisi, pas du contrat lui-même :

  • Fonds en euros : capital garanti, rendement net de frais de gestion. Après des années sous les 2 %, les rendements moyens sont remontés autour de 2,5 % à 2,6 % nets en 2023-2024. Ce rendement est versé sans risque de perte, mais il reste modeste.
  • Unités de compte obligataires : espérance de 3 à 4 % par an sur un cycle complet, avec une volatilité modérée. Le contexte de taux remontés depuis 2022 redonne de l’intérêt à cette poche.
  • Unités de compte actions : sur 20-30 ans, les actions mondiales affichent un rendement annuel moyen historique de l’ordre de 7 à 8 % brut, mais avec des années à -20 % ou -30 % possibles. L’horizon retraite est justement ce qui rend cette poche supportable.
  • Gestion pilotée à horizon (PER) : selon le profil, comptez 3 % (prudent) à 6-7 % (dynamique) brut annualisé espéré. Ces chiffres sont des espérances, pas des garanties.

L’allocation d’actifs, vrai moteur du rendement

C’est l’arbitrage actions/obligations/fonds euros qui explique l’essentiel de l’écart de performance entre deux contrats identiques. Deux épargnants versant 200 €/mois pendant 25 ans obtiennent des résultats très différents :

  • 100 % fonds euros à 2,5 % : ≈ 82 700 €
  • 60 % actions / 40 % obligations à 4,5 % net : ≈ 104 500 €
  • 100 % actions à 6,5 % net : ≈ 127 000 €

Le tout-actions rapporte plus, mais impose des creux que beaucoup ne supportent pas psychologiquement. L’allocation doit refléter votre tolérance réelle au risque, pas un optimisme de façade.

Des frais qui grignotent le rendement net

Les frais font la différence sur 25 ans :

  • Frais sur versement : de 0 % (contrats en ligne) à 3 % (réseaux traditionnels).
  • Frais de gestion annuels : 0,5-0,6 % sur les UC des bons contrats, jusqu’à 1,5 % ailleurs. Ajoutez 0,5 à 1 % de frais propres aux fonds.
  • Frais d’arbitrage : souvent gratuits en ligne, facturés ailleurs.

Un point de frais annuel en plus, c’est environ 20 à 25 % de capital final en moins sur 30 ans. Sur un capital de 150 000 €, cela représente plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Garanties de capital : lisez bien les clauses

  • Fonds en euros : garantie du capital versé, nette de frais de gestion.
  • PER avec garantie plancher (option payante) : le capital est garanti à tout moment, mais les frais de cette option amputent le rendement.
  • Gestion pilotée à horizon : sécurisation progressive des gains à mesure que l’échéance approche. Une sécurité automatique, sans surcoût notable.

Performance vs risque : la bonne lecture

Comparez toujours un rendement à la volatilité qui l’accompagne. Un fonds euros à 2,5 % sans risque vaut mieux, pour certains profils, qu’un support actions à 7 % supportant -30 % en année noire. Le bon critère n’est ni le rendement brut affiché, ni la performance passée, mais votre horizon, votre tolérance au risque et le rendement net de frais réellement encaissé.

Conditions d’accès et de déblocage

L’âge légal de déblocage : la règle, puis les exceptions

Pour une épargne retraite individuelle, le principe est simple : les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite. En pratique, l’âge de référence dépend du contrat.

  • PER (plan d’épargne retraite) : déblocage à l’âge légal de départ à la retraite, soit 64 ans pour les générations nées à partir de 1968 (sous réserve d’avoir validé sa durée de cotisation pour le taux plein). Sans durée de cotisation suffisante, un déblocage anticipé reste possible à cet âge, mais avec décote.
  • PERP, contrats Madelin, articles 83 et 39 : sortie à l’âge légal de la retraite également, avec des cas de déblocage anticipé plus restreints que le PER.
  • Contrats plus anciens (Madelin pré-2019, par exemple) : l’âge peut être fixé contractuellement, parfois dès 62 ans.

Chaque contrat précise dans ses conditions générales une date pivot : il est essentiel de la vérifier avant de souscrire, car une erreur de quelques années change profondément la liquidité de votre épargne.

Les cas de déblocage anticipé

Les motifs sont encadrés par la loi et volontairement restrictifs. On les appelle souvent « accidents de la vie ». En voici la liste :

  • Invalidité de l’assuré, de son conjoint ou partenaire de PACS, classé en 2ᵉ ou 3ᵉ catégorie de la Sécurité sociale.
  • Décès du conjoint ou du partenaire de PACS.
  • Surendettement : situation de liquidation judiciaire ou procédure de rétablissement personnel.
  • Fin des droits au chômage après licenciement ou rupture conventionnelle.
  • Cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire.

Le PER ajoute un motif supplémentaire : l’achat de la résidence principale. C’est une souplesse notable, absente des PERP et Madelin.

Dans tous les cas, un justificatif officiel (notification d’invalidité, attestation d’inscription à France Travail, jugement) est exigé par l’assureur.

Rente, capital ou sortie mixte

À l’échéance, plusieurs options se dessinent :

  • Capital intégral : rachat total en une ou plusieurs fois. Chaque versement est imposé selon le régime des pensions (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux), sauf pour les versements volontaires non déduits.
  • Rente viagère : revenu versé à vie, calculé selon un taux technique (souvent entre 0 % et 1,5 % aujourd’hui) et une table de mortalité. La rente est imposée comme une pension.
  • Sortie mixte : une part en capital, l’autre en rente. La part en rente peut concerner 100 % des droits issus de l’épargne salariale ou des versements obligatoires du PER, tandis que les versements volontaires peuvent sortir intégralement en capital.

Depuis la loi PACTE, le PER est fractionnable : vous choisissez librement la répartition entre capital et rente.

Délais et formalités

Le déblocage n’est jamais automatique. Comptez en moyenne :

  1. Préparation du dossier (formulaire de rachat, pièces justificatives) : 1 à 3 semaines.
  2. Instruction par l’assureur : 15 jours à 2 mois selon la complexité.
  3. Versement effectif : généralement sous 8 à 30 jours après validation.

Pour l’achat de la résidence principale, le déblocage doit être demandé au moins 6 mois avant la signature de l’acte notarié chez certains assureurs.

Restrictions spécifiques au PER

Le PER reste le contrat le plus souple, mais il conserve des limites :

  • Le rachat pour résidence principale est plafonné aux droits issus des versements volontaires, de l’épargne salariale et de l’intéressement.
  • Les versements obligatoires (issus de l’employeur) ne sont pas rachetables en capital anticipé : ils sortent en rente.
  • Une fiscalité spécifique s’applique aux rachats partiels : les versements déduits fiscalement sont réimposés au barème de l’impôt sur le revenu.

Anticipez vos besoins à 3 ou 5 ans pour éviter de débloquer un PER en urgence et subir une fiscalité défavorable.

Risques et limitations de l’épargne retraite individuelle

Un risque de marché proportionnel à votre allocation

La performance d’un contrat d’épargne retraite individuelle dépend avant tout de sa répartition entre fonds en euros (capital garanti) et unités de compte (UC). Sur la poche actions, une chute de marché peut être sévère : le CAC 40 a perdu près de 42 % entre fin 2007 et mars 2009, et environ 38 % en un mois lors du krach de mars 2020. Concrètement, si vous placez 100 000 € à 60 % en UC, un repli de 35 % de la poche actions ampute le contrat de 21 000 €. Un horizon de 10 à 20 ans réduit le risque, mais ne le supprime pas : rien ne garantit un rendement positif à l’échéance.

Le risque de longévité : vivre plus longtemps que son capital

À 65 ans, l’espérance de vie est d’environ 82 ans pour un homme et 85 ans pour une femme, soit potentiellement 20 à 30 ans de retraite. Supposons un capital de 200 000 € à 65 ans, avec des retraits de 8 000 €/an et un rendement net de 2 % : il s’épuise en une trentaine d’années — un peu juste en cas de longévité supérieure. Seule la rente viagère élimine ce risque, mais ses taux restent faibles. L’épargne retraite individuelle transfère donc une partie du risque à l’épargnant.

Des frais qui grignotent la performance

Les frais pèsent lourd sur le long terme :

  • Frais d’entrée : 0 à 4 % selon les contrats, parfois négociables.
  • Frais de gestion des UC : 0,5 à 1,5 % par an.
  • Frais sur versement d’un PER : jusqu’à 3 à 5 % sur les petites mises.

Un contrat affichant 1,5 % de frais annuels pour un rendement brut de 5 % ne rend que 3,5 % net. Sur 30 ans, 150 €/mois donnent alors environ 95 000 € au lieu de 122 000 € — soit près de 27 000 € perdus. Vérifiez la notice : frais d’arbitrage, de gestion du fonds euros (0,6 % en moyenne) et frais courants des supports.

Le risque de change sur les investissements internationaux

Les UC investies à l’étranger (actions américaines, marchés émergents) sont le plus souvent non couvertes en devises. Une hausse de 10 % d’un indice en dollars peut devenir nulle en euros si le billet vert recule d’autant face à l’euro. Cette volatilité s’atténue sur 15-20 ans par compensation, mais reste réelle à court terme. Les fonds « couverts en devise » limitent ce risque, moyennant 0,3 à 1 % de frais annuels supplémentaires.

Les plafonds de déductibilité, un avantage plafonné

Le principal avantage fiscal d’un PER reste borné. Le plafond de déduction est de 10 % des revenus professionnels nets, limité à 8 fois le PASS (soit environ 370 000 € en 2024) pour les indépendants, et plafonné à hauteur de 10 % du PASS pour un salarié. Pour un salarié déclarant 40 000 €, le plafond est d’environ 4 000 € par an : tout versement au-delà n’est plus déductible. La déduction n’est donc pas illimitée, et un revenu fiscal élevé ne suffit pas à maximiser l’économie d’impôt.

Comment optimiser son épargne retraite individuelle

Optimiser son épargne retraite individuelle ne tient pas à un produit miracle, mais à une méthode : mesurer l’écart à combler, choisir la bonne enveloppe, verser avec discipline, puis ajuster le risque au fil du temps.

Partir d’un besoin chiffré, pas d’une intuition

La première étape consiste à estimer le revenu souhaité à la retraite, généralement 70 à 80 % du dernier revenu net pour maintenir son niveau de vie. Prenons un salarié cadre à 3 500 € net par mois. Avec une pension de base et complémentaire estimée autour de 2 200 €, l’écart s’élève à 1 300 € mensuels, soit 15 600 € par an. En retenant un taux de retrait prudent de 3,5 %, le capital cible avoisine 445 000 €. Ce chiffre, souvent vertigineux, sert de boussole : il transforme un projet flou en objectif mesurable.

Choisir l’enveloppe selon sa fiscalité et son horizon

Le choix du contrat dépend moins de l’âge que de la pression fiscale :

  • TMI à 41 % ou 45 % : le PER est imbattable. Un versement de 5 000 € génère 2 050 € d’économie d’impôt immédiate, réinvestissable.
  • TMI à 11 % ou 30 % : l’avantage est plus modeste, et la fiscalité à la sortie peut l’annuler. Une assurance-vie, plus souple (pas de blocage, fiscalité adoucie après 8 ans), reste souvent préférable.
  • Horizon long et tolérance au risque : le PEA, avec ses 150 000 € de plafond et son exonération d’impôt sur les plus-values après 5 ans, complète utilement un PER.

Régularité ou versement ponctuel ?

Les versements mensuels programmés (par exemple 300 €) offrent deux avantages : le lissage des points d’entrée, qui réduit l’impact de la volatilité, et la constance comportementale. Un versement annuel de 3 600 € placé en une fois peut mieux performer si les marchés montent, mais expose à un mauvais timing. La stratégie la plus robuste combine les deux : un socle régulier, complété par des versements ponctuels en cas de prime ou de revenu exceptionnel, éventuellement majorés pour optimiser la tranche marginale.

Rebalancer au fil du temps

L’allocation doit glisser progressivement vers des actifs moins volatils. Une règle simple : la part d’actions peut approcher 70 % à 40 ans, 50 % à 55 ans, 30 % à 65 ans. Ce dérisquage s’effectue idéalement tous les 12 à 18 mois, en rééquilibrant vers la cible définie, ce qui revient mécaniquement à vendre ce qui a monté et renforcer ce qui a baissé.

Cumuler les enveloppes pour diversifier

Multiplier les contrats n’a d’intérêt que s’ils remplissent des fonctions différentes : un PER pour l’avantage fiscal, une assurance-vie pour la disponibilité et la transmission, un PEA pour la performance actions. Attention toutefois aux frais de gestion (viser moins de 0,6 % par an sur les unités de compte) et à la duplication inutile de contrats identiques. La diversification doit être fiscale et patrimoniale, non un empilement de lignes.

En résumé, l’épargne retraite individuelle s’optimise par la cohérence : un besoin évalué, une enveloppe alignée sur sa fiscalité, des versements disciplinés et une allocation pilotée jusqu’à l’échéance.

En résumé

  • Avant d’ouvrir un contrat, constituez une épargne de précaution de 3 à 6 mois de dépenses, car l’épargne retraite individuelle intervient après cette étape.
  • Privilégiez des versements réguliers, par exemple 150 € à 250 € par mois, car la régularité et un horizon long amplifient l’effet des intérêts composés.
  • Comparez les enveloppes selon vos besoins : le PER permet une sortie en capital, rente ou mix avec des versements déductibles dans la limite de 10 % des revenus professionnels, l’assurance-vie reste disponible à tout moment, tandis que le PERP sort exclusivement en rente sauf exceptions.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'épargne retraite individuelle ?

C'est l'ensemble des dispositifs facultatifs permettant de se constituer, par des versements réguliers ou ponctuels, un capital ou une rente pour ses vieux jours. Elle vient s'ajouter à la retraite de base et aux régimes complémentaires obligatoires, sans les remplacer.

Quels sont les différents contrats d'épargne retraite individuelle ?

Les principaux véhicules sont le PER, l'assurance-vie, le PERP et le contrat Madelin. Le PER a été créé par la loi PACTE de 2019 ; le PERP n'est plus commercialisé depuis octobre 2020 et le Madelin a été remplacé par le PER individuel depuis octobre 2019.

Quel est le plafond de déduction fiscale du PER ?

Les versements volontaires sur un PER sont déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels. Le plafond global indiqué pour 2024 est de 35 194 €.

Peut-on retirer son épargne retraite avant la retraite ?

Pour le PER, un déblocage anticipé est prévu pour l'achat de la résidence principale, l'invalidité ou la fin des droits au chômage. Le PERP ne permet en principe qu'une sortie en rente viagère, sauf ces mêmes exceptions.

PER ou assurance-vie : quelle différence pour préparer sa retraite ?

Le PER est un contrat retraite avec une déduction fiscale à l'entrée et une sortie à la retraite, alors que l'assurance-vie reste disponible avec des rachats partiels à tout moment. Après 8 ans, l'assurance-vie bénéficie d'un abattement annuel sur les gains et d'une fiscalité allégée.

⚠️ Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil financier, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un professionnel qualifié avant toute décision engageant votre situation.
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Claire Fontaine
Conseillère en gestion de patrimoine (CGP)

Claire Fontaine est Conseillère en gestion de patrimoine (CGP). Master en gestion de patrimoine ; certifiée Conseiller en Investissements Financiers (CIF), enregistrée à l'ORIAS ; 12 ans en cabinet de gestion de patrimoine indépendant. Ne recommande jamais un produit sans expliquer risques, frais et horizon.. Spécialités : Épargne Et Placements (Livrets, Assurance Vie, Pea, Per), Stratégie Patrimoniale Et Allocation D'Actifs, Préparation De La Retraite Et Prévoyance.

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