Héritage et succession : le guide complet
Publié le 9 octobre 2026 · 18 min de lecture

L’héritage et la succession sont deux notions complémentaires mais distinctes : la succession est le cadre juridique et fiscal qui organise la transmission du patrimoine d’une personne décédée, tandis que l’héritage est la part que chaque héritier reçoit après partage. Cette distinction est importante pour planifier une transmission, anticiper la fiscalité et sécuriser les opérations, notamment avec l’aide d’un notaire.
- Qu’est-ce que l’héritage et la succession ?
- Deux notions complémentaires, souvent confondues
- Héritage et donation : deux voies de transmission
- Ce qui se transmet… et ce qui ne se transmet pas
- Le notaire, acteur central de la succession
- Les types de succession en France
- Qui sont les héritiers et leurs droits ?
- L’ordre légal des héritiers
- Les droits du conjoint survivant
- Réserve héréditaire et quotité disponible
- Héritiers réservataires vs ordinaires
- Les impôts et droits de succession
- Les étapes de la procédure de succession
- Risques et litiges en matière de succession
- Contestation du testament
- Conflits entre héritiers
- Fraude et dissimulation d’actifs
- Recours légaux et médiation
- Planification successorale et prévention
Qu’est-ce que l’héritage et la succession ?
Deux notions complémentaires, souvent confondues
L’héritage et la succession désignent deux réalités juridiquement distinctes, même si le langage courant les emploie indifféremment. La succession est le mécanisme juridique qui organise la transmission du patrimoine d’une personne décédée vers ses ayants droit. Elle désigne à la fois l’opération (ouvrir une succession) et l’ensemble des biens, droits et dettes laissés par le défunt — on parle alors de « l’actif successoral ». L’héritage, lui, correspond à ce que chaque héritier reçoit concrètement à l’issue du partage : sa part de la maison familiale, de l’épargne, des meubles.
En résumé : la succession est le cadre juridique et fiscal ; l’héritage est le résultat individuel de ce cadre.
| Notion | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Succession | Transmission universelle du patrimoine du défunt | Ouverture de la succession de M. Dupont, décédé le 12 mars |
| Héritage | Part effectivement attribuée à chaque héritier | Sa fille reçoit 80 000 € et un appartement |
Héritage et donation : deux voies de transmission
La confusion est fréquente, or les régimes diffèrent nettement.
- La donation est un acte volontaire entre vifs : vous transmettez de votre vivant, de votre main à celle du bénéficiaire. Elle obéit à ses propres règles fiscales, avec des abattements renouvelables tous les 15 ans (100 000 € par parent et par enfant, par exemple).
- L’héritage résulte d’un décès. Il s’articule autour de la réserve héréditaire, de la quotité disponible et du rapport fiscal des donations antérieures. Une donation consentie il y a moins de 15 ans est en principe « rapportée » fiscalement à la succession.
Autrement dit, la donation est un outil d’anticipation ; l’héritage, une conséquence subie. Cette distinction est centrale en planification patrimoniale, notamment pour étaler les droits de succession.
Ce qui se transmet… et ce qui ne se transmet pas
Tout n’entre pas dans l’actif successoral. Distinguer le transmissible du non-transmissible évite bien des déconvenues.
Se transmettent :
- Les biens immobiliers (résidence principale, placements locatifs)
- Les comptes bancaires, livrets, PEA (clôturé au décès), contrats d’assurance-vie pour leur composante non exonérée
- Les parts sociales, actions, obligations
- Les dettes : l’héritier est tenu des dettes à hauteur de sa part, sauf acceptation sous bénéfice d’inventaire
Ne se transmettent pas :
- Les droits strictement personnels (pension de réversion, allocation veuvage, droit au bail selon les cas)
- Les biens placés sous clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie : ils sortent de la succession civile, mais pas de la fiscalité (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans)
- Le contrat de travail, les mandats électifs, certains droits viagers
Le notaire, acteur central de la succession
Pour un décès, deux cas se présentent. Lorsqu’il existe un testament, un contrat de mariage, un bien immobilier ou un montant significatif — en pratique, dès qu’un immeuble est en jeu —, le recours à un notaire est obligatoire. Il est également fortement recommandé dans les autres situations.
Son rôle est multiple :
- Identifier les héritiers et vérifier l’ordre successoral (conjoint, enfants, parents, frères et sœurs selon les cas).
- Établir l’acte de notoriété attestant la qualité des héritiers.
- Dresser l’inventaire des biens, évaluer l’actif et le passif.
- Calculer et répartir les droits de chaque héritier, gérer les éventuels rapports de donations.
- Rédiger l’attestation immobilière et publier aux hypothèques, sécuriser les opérations de partage.
- Préparer la déclaration de succession que les héritiers doivent déposer dans les 6 mois du décès (12 mois en cas de décès hors de France métropolitaine).
Ses émoluments sont encadrés par un barème dégressif (environ 1 à 3 % selon les tranches, plus droits et débours). Un héritage mal encadré peut, à l’inverse, générer des blocages de comptes, des majorations de droits (0,20 % par mois de retard) ou des contentieux entre cohéritiers. D’où l’intérêt d’embrasser l’ensemble du sujet — nous y revenons dans la suite de ce dossier.
Les types de succession en France
Succession testamentaire : quand le défunt fixe lui-même ses règles
Un testament permet d’organiser sa transmission au-delà (ou à la place) de ce que prévoit la loi. Trois formes sont admises : le testament olographe (entièrement écrit, daté et signé de la main du testateur — la forme la plus courante), le testament authentique (dicté à un notaire en présence de témoins) et le testament mystique (remis clos au notaire). La liberté n’est toutefois pas totale : les enfants sont héritiers réservataires. La réserve héréditaire représente 1/2 du patrimoine avec un enfant, 2/3 avec deux, 3/4 avec trois et plus. Seule la quotité disponible (l’inverse) peut être attribuée librement. Un legs dépassant cette limite est réductible après le décès.
Succession ab intestat : la dévolution légale en l’absence de testament
Sans testament, l’héritage et succession suivent la dévolution légale prévue par le Code civil. Le notaire — obligatoire dès qu’un bien immobilier, une donation, un testament ou un contrat de mariage est en jeu — établit un acte de notoriété puis une attestation de dévolution pour identifier les ayants droit. Le conjoint survivant marié reçoit, en présence d’enfants, 1/4 en pleine propriété (le reste aux enfants) ou la totalité en usufruit, selon son choix ; son sort est bien plus favorable que celui du partenaire de PACS ou du concubin, qui n’est pas héritier légal.
L’ordre des héritiers et le degré de parenté
La loi hiérarchise quatre ordres :
- 1er ordre : descendants (enfants, petits-enfants).
- 2e ordre : ascendants et frères et sœurs (avec fente entre ligne paternelle et maternelle).
- 3e ordre : autres ascendants.
- 4e ordre : collatéraux ordinaires (oncles, tantes, cousins).
Un ordre exclut le suivant dès qu’il compte un héritier. La représentation successorale permet aux descendants d’un héritier prédécédé de recueillir sa part — utile notamment pour les petits-enfants. Au-delà du 6e degré de parenté, et sans héritier identifié, la succession est dite en déshérence et revient à l’État.
Succession mobilière et immobilière
La distinction entre biens meubles (comptes, titres, véhicules, mobilier) et immeubles (résidence principale, terrain, parts de SCI) structure la procédure. Les meubles se transmettent en principe par simple accord, tandis que la transmission d’un immeuble exige une publication au service de la publicité foncière, avec des frais de notaire de l’ordre de 7 à 8 % pour un bien ancien. En présence de plusieurs enfants, les biens restent en indivision jusqu’au partage ; chacun peut demander la vente à tout moment. Le régime matrimonial joue également : un couple marié sous communauté réduite aux acquêts ne fait entrer dans la succession que la moitié du patrimoine commun (le reste revenant au conjoint). Anticiper cette répartition évite des blocages coûteux.
Qui sont les héritiers et leurs droits ?
L’ordre légal des héritiers
En l’absence de testament, c’est la loi — plus précisément les articles 731 et suivants du Code civil — qui désigne les héritiers. On distingue plusieurs « ordres » qui s’excluent successivement :
- 1er ordre : les enfants et leurs descendants. Ils héritent à parts égales, un enfant prédécédé étant représenté par ses propres enfants.
- 2e ordre : les parents, frères et sœurs et leurs descendants.
- 3e ordre : les ascendants autres que les parents (grands-parents).
- 4e ordre : les collatéraux ordinaires (oncles, tantes, cousins).
Le conjoint survivant (marié, non divorcé) figure désormais dans cet ordre légal depuis la loi du 3 décembre 2001, qui lui a reconnu la qualité d’héritier à part entière.
Les droits du conjoint survivant
Ils varient selon la composition de la famille :
- Enfants communs : le conjoint peut choisir entre 1/4 en pleine propriété ou la totalité en usufruit (souvent arbitré par convention).
- Enfants d’une autre union : il ne reçoit que 1/4 en pleine propriété — d’où l’importance d’une donation au dernier vivant.
- Sans enfants, mais parents des deux côtés : il hérite de la moitié, l’autre moitié allant aux parents.
- Sans enfants ni ascendants : il recueille la totalité.
Exemple : un couple marié sans contrat, deux enfants, un patrimoine de 600 000 €. Le conjoint survivant peut opter pour l’usufruit de la totalité, ou pour 150 000 € en pleine propriété. Ses enfants n’ont pas de droits de succession à payer sur cette part (exonération totale depuis 2007).
Réserve héréditaire et quotité disponible
La réserve héréditaire est la fraction du patrimoine que la loi garantit à certains héritiers : on ne peut pas la donner à des tiers. Le reste s’appelle la quotité disponible — libre d’être attribuée par donation ou testament.
- 1 enfant : réserve 1/2, quotité 1/2
- 2 enfants : réserve 2/3 (1/3 chacun), quotité 1/3
- 3 enfants et plus : réserve 3/4, quotité 1/4
Reprenons l’exemple des 600 000 € avec deux enfants : la réserve est de 400 000 € (200 000 € chacun), la quotité disponible de 200 000 €. Si vous avez déjà donné 250 000 € à un tiers, la libéralité sera réductible à hauteur de 50 000 € lors du règlement de l’héritage et succession.
Héritiers réservataires vs ordinaires
Deux catégories à bien distinguer :
- Héritiers réservataires : les descendants (enfants, petits-enfants) et, à défaut, les ascendants. Ils bénéficient d’une protection minimale intouchable.
- Héritiers ordinaires (ou « ab intestat ») : frères, sœurs, oncles, cousins… Sans protection patrimoniale garantie, ils reçoivent ce que la loi ou le défunt leur attribue.
Point souvent ignoré : le conjoint survivant n’est pas réservataire. Il peut juridiquement être écarté par testament, mais il reste protégé par ses droits successoraux légaux et peut réclamer la réduction de libéralités excessives portant atteinte à ces droits.
Anticiper ces règles via une donation entre époux ou un testament évite bien des tensions : c’est tout l’enjeu de la planification successorale évoquée plus loin.
Les impôts et droits de succession
En France, le calcul des droits de succession ne s’applique pas sur la totalité de l’héritage. Il s’effectue après déduction d’un abattement fiscal, puis en appliquant un barème progressif dont les taux varient selon votre lien de parenté avec le défunt. Plus le lien est proche, plus l’imposition est faible. Le conjoint survivant ou le partenaire de PACS est, quant à lui, totalement exonéré de droits.
Un barème progressif par tranches et par lien de parenté
Pour les héritiers en ligne directe (enfants, parents), le barème est progressif :
- 5 % jusqu’à 8 072 €
- 10 % de 8 072 € à 12 109 €
- 15 % de 12 109 € à 15 932 €
- 20 % de 15 932 € à 552 324 €
- 30 % de 552 324 € à 902 838 €
- 40 % de 902 838 € à 1 805 677 €
- 45 % au-delà
Entre frères et sœurs, après un abattement de 15 932 €, les droits sont de 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 % au-delà. Pour les neveux et nièces, l’abattement est de 7 967 €, puis le taux est de 55 %. Pour les personnes sans lien de parenté (concubins, amis), le taux est de 60 %, après un abattement de 1 594 €.
Abattements et exonérations : jusqu’à 100 000 € par enfant
Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur sa part d’héritage. Cet abattement est renouvelable tous les 15 ans. Les petits-enfants, en l’absence de représentation, ne disposent que d’un abattement de 1 594 €. Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés de droits sur la totalité de la succession. L’assurance-vie offre un cadre fiscal avantageux : les capitaux versés aux bénéficiaires sont exonérés jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (article 990 I du CGI). Au-delà, un prélèvement de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %. Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement global est de 30 500 €, et les droits de succession s’appliquent au-delà.
Exemple : un enfant hérite de 300 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 200 000 €. Les droits s’élèvent à environ 38 194 € (calcul par tranches). Sans abattement, la facture serait bien plus lourde.
Déclaration de succession : 6 mois pour agir
La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès, si celui-ci a lieu en France métropolitaine. Ce délai passe à 12 mois en cas de décès à l’étranger ou dans les DOM. Elle se fait auprès du service des impôts des particuliers du domicile du défunt, généralement par le notaire. Le paiement des droits intervient au moment du dépôt. Un paiement fractionné ou différé peut être demandé sous conditions. Passé le délai, des intérêts de retard de 0,20 % par mois (soit 2,4 % par an) et une majoration de 10 % s’appliquent. Anticiper la transmission permet de réduire la facture fiscale et de sécuriser votre héritage et succession.
Les étapes de la procédure de succession
Le règlement d’un héritage et succession obéit à un calendrier précis, jalonné d’obligations civiles et fiscales. Voici les quatre temps forts, avec les délais, les seuils et les coûts à anticiper.
Déclarer le décès et ouvrir la succession
La déclaration du décès doit être faite à la mairie du lieu du décès dans les 24 heures (par un proche, l’établissement de soins ou les pompes funèbres). L’acte de décès obtenu est la pièce maîtresse de tout le dossier : il conditionne la suite des opérations.
Juridiquement, la succession s’ouvre au jour du décès, au dernier domicile du défunt. Un notaire est obligatoire dès lors qu’il existe un bien immobilier, un testament, une donation entre époux, ou des actifs d’une valeur supérieure à 5 000 €. Il délivre l’acte de notoriété, qui identifie officiellement les héritiers et leurs quotes-parts. Vient ensuite l’étape fiscale : la déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois du décès en métropole, 12 mois en outre-mer.
Inventorier et évaluer le patrimoine
L’actif successoral regroupe l’ensemble des biens : immobilier (évalué à la valeur vénale au jour du décès), comptes bancaires, PEA, parts sociales, véhicules, mobilier. Attention à l’assurance-vie : le capital décès transite hors succession, mais reste soumis à sa fiscalité propre (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans).
Le passif vient en déduction, à condition d’être justifié :
- solde des crédits immobiliers et à la consommation ;
- impôts et factures impayés ;
- frais funéraires, déductibles dans la limite prévue par le CGI (1 500 €).
Payer les dettes et les droits
Principe souvent méconnu : les héritiers sont tenus des dettes à proportion de leurs parts. Pour protéger leur patrimoine personnel, ils peuvent opter pour l’acceptation à concurrence de l’actif net : seuls les biens reçus répondent alors du passif.
Côté fiscal, chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur sa part, avant application du barème de 5 % à 45 %. Le paiement intervient au moment de la déclaration, avec des possibilités de paiement fractionné ou différé (jusqu’à 5 ans, au-delà pour certains biens).
S’y ajoutent les frais de notaire, calculés par tranches dégressives : 3 % jusqu’à 6 500 €, 0,55 % de 60 000 à 100 000 €, 0,33 % au-delà, majorés de 0,10 % de contribution de sécurité immobilière sur les immeubles.
Partager et liquider
Jusqu’au partage, les héritiers sont en indivision : chacun détient une quote-part, mais aucun ne peut vendre seul. Le partage peut être amiable (acte notarié signé par tous) ou judiciaire en cas de blocage, avec licitation pour faire vendre un bien.
Une fois les droits réglés, l’administration délivre un certificat d’acquittement (ou une attestation de non-opposition). Le notaire peut alors publier l’acte, virer les fonds et transférer les titres de propriété. Comptez en pratique 6 à 18 mois pour boucler une succession simple, davantage si un désaccord ou un bien complexe surgit.
Risques et litiges en matière de succession
Contestation du testament
Un testament olographe peut être attaqué pour trois motifs principaux :
- Vice de forme : absence de date, de signature ou rédaction non manuscrite (le testament dactylographié, même signé, est nul).
- Insanité d’esprit au moment de la rédaction (article 414-1 du Code civil) : la charge de la preuve pèse souvent sur celui qui conteste.
- Vice du consentement : captation, dol ou violence, fréquents dans les successions où un tiers a été très présent auprès du défunt.
L’action en nullité se prescrit par 5 ans à compter du décès, tout comme l’action en réduction pour atteinte à la réserve héréditaire. Passé ce délai, la contestation devient très difficile.
Conflits entre héritiers
La plupart des litiges naissent de l’indivision successorale, qui bloque la vente d’un bien faute d’accord unanime. Trois scénarios récurrents :
- Désaccord sur l’évaluation d’un bien immobilier : un héritier veut vendre au prix du marché, un autre minimise pour racheter les parts.
- Blocage du partage : un héritier refuse de signer l’acte de notoriété ou de vendre, immobilisant la succession pendant des années.
- Déséquilibre des lots : l’attribution d’un bien à un héritier nécessite une soulte, dont le montant est contesté.
Sans accord amiable, le tribunal judiciaire peut ordonner le partage judiciaire et désigner un notaire liquidateur.
Fraude et dissimulation d’actifs
Certains héritiers tentent de contourner l’égalité successorale :
- Recel successoral (article 778 du Code civil) : dissimuler un actif prive le fraudeur de sa part sur cet actif, sans pouvoir prétendre au reste. La sanction est lourde et cumulative.
- Donations déguisées : vente à prix sous-évalué, prêt non remboursé, paiement de factures personnelles. Elles sont rapportables à la succession, avec un délai de prescription de 5 ans (10 ans en matière fiscale).
- Assurance-vie tardive : le fisc peut requalifier des primes « manifestement exagérées » versées après 70 ans, notamment si elles épuisent le patrimoine du souscripteur.
- Comptes ou biens à l’étranger non déclarés : sanctions fiscales jusqu’à 1 500 € par compte non déclaré et 40 % de droits supplémentaires en cas de manquement délibéré.
Recours légaux et médiation
Avant d’agir en justice, plusieurs voies existent :
- La médiation conventionnelle : un tiers neutre aide les héritiers à trouver un accord. Coût modéré, démarche volontaire.
- La conciliation devant le tribunal : gratuite, souvent préalable obligatoire pour certaines actions.
- Le référé : permet d’obtenir rapidement des mesures conservatoires (séquestre d’un compte, expertise d’un bien) en cas d’urgence.
- L’action en partage judiciaire : solution ultime, plus longue (18 à 36 mois en moyenne) et coûteuse, avec frais d’avocat et d’expertise.
En matière d’héritage et succession, un notaire peut aussi jouer un rôle de pacificateur en proposant un projet de partage équilibré. Anticiper, documenter et faire appel à un tiers compétent reste la meilleure protection contre le contentieux.
Planification successorale et prévention
Le testament, un acte simple mais essentiel
En matière d’héritage et succession, l’anticipation est la meilleure protection. Sans testament, la loi organise la transmission selon l’ordre des héritiers (conjoint, enfants, parents, etc.). Un testament vous permet de répartir librement votre quotité disponible et d’organiser des legs spécifiques. Il est révocable à tout moment et doit être actualisé après chaque événement de vie : mariage, divorce, naissance, décès, changement de patrimoine. Un testament olographe est gratuit mais peut être contesté ; le testament authentique, reçu par notaire, offre une sécurité maximale pour un coût modique (souvent moins de 200 €). Pensez à le déposer chez un notaire et à informer vos proches de son existence. Vous pouvez aussi désigner un exécuteur testamentaire pour veiller à son application.
Donation entre vifs : transmettre de son vivant
La donation entre vifs permet de transmettre tout ou partie de votre patrimoine avant votre décès, avec des abattements fiscaux renouvelables. Les principaux avantages :
- 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans.
- 31 865 € par grand-parent et par petit-enfant.
- Exonération totale entre époux ou partenaires de PACS.
- Donation-partage : fixe la valeur des biens au jour de l’acte, évitant les litiges futurs.
Donner en nue-propriété réduit l’assiette taxable : plus vous êtes jeune, plus la nue-propriété vaut cher, mais les droits sont calculés sur cette valeur réduite. La donation au dernier vivant protège le conjoint survivant.
Assurance-vie et démembrement : des outils complémentaires
L’assurance-vie reste un outil privilégié de transmission. Les primes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire désigné. Au-delà, la taxation est de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %. Pour les primes versées après 70 ans, l’abattement global est de 30 500 €, le surplus étant soumis aux droits de succession classiques. La clause bénéficiaire doit être rédigée avec soin, éventuellement en démembrement.
Le démembrement de propriété (donner la nue-propriété en gardant l’usufruit) permet de transmettre à moindre coût. La valeur fiscale de la nue-propriété dépend de l’âge de l’usufruitier : à 60 ans, elle représente 50 % de la valeur du bien ; à 70 ans, 40 %. À l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans droits supplémentaires.
Se faire accompagner par un professionnel
La complexité des règles fiscales et civiles justifie l’intervention d’un notaire ou d’un avocat spécialisé en droit des successions. Le notaire sécurise les actes (testament authentique, donation, donation-partage) et conseille sur l’équilibre entre réserve héréditaire et quotité disponible. L’avocat intervient pour les situations complexes : famille recomposée, biens à l’étranger, conflits entre héritiers. Le coût de cette expertise est souvent marginal au regard des économies de droits et des contentieux évités. N’attendez pas : la planification successorale se pense tôt, quand tout va bien.
En résumé
- Distinguez la succession, qui est le cadre juridique et fiscal de transmission du patrimoine, de l’héritage, qui correspond à la part concrète attribuée à chaque héritier après partage.
- Anticipez la transmission de votre vivant par une donation, car elle bénéficie d’abattements renouvelables tous les 15 ans, alors qu’une donation de moins de 15 ans est en principe rapportée fiscalement à la succession.
- Recourez au notaire dès qu’un testament, un contrat de mariage, un bien immobilier ou un montant significatif est en jeu, et respectez le délai de déclaration de succession de 6 mois, ou 12 mois hors France métropolitaine, pour éviter les majorations de droits de 0,20 % par mois de retard.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre héritage et succession ?
La succession est le mécanisme juridique qui organise la transmission du patrimoine du défunt vers ses ayants droit. L’héritage correspond à ce que chaque héritier reçoit concrètement après le partage.
Quels biens ne se transmettent pas lors d’une succession ?
Ne se transmettent pas notamment les droits strictement personnels comme la pension de réversion ou l’allocation veuvage, les biens sous clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie, le contrat de travail, les mandats électifs et certains droits viagers.
Quel est le rôle du notaire dans une succession ?
Le notaire identifie les héritiers, établit l’acte de notoriété, dresse l’inventaire des biens, calcule et répartit les droits, rédige l’attestation immobilière et prépare la déclaration de succession. Il est obligatoire dès qu’un bien immobilier, un testament, un contrat de mariage ou une donation est en jeu.
Que se passe-t-il si le défunt n’a pas fait de testament ?
Sans testament, la succession suit la dévolution légale prévue par le Code civil. Le conjoint survivant marié reçoit, en présence d’enfants, 1/4 en pleine propriété ou la totalité en usufruit, selon son choix.
Quel est le délai pour déclarer une succession ?
La déclaration de succession doit être déposée dans les 6 mois du décès, ou dans les 12 mois en cas de décès hors de France métropolitaine. Un retard entraîne des majorations de droits de 0,20 % par mois.