Ipo et introductions en bourse : le guide complet
Publié le 9 octobre 2026 · 18 min de lecture

Une IPO est l'opération par laquelle une société ouvre pour la première fois une partie de son capital au public et fait admettre ses actions à la cotation, tandis que l'introduction en bourse met l'accent sur l'admission à la cote et l'entrée dans un cadre réglementé. C'est important car le passage au statut coté modifie l'actionnariat, la transparence, la gouvernance, la liquidité et la valorisation de l'entreprise, avec un risque de perte en capital pour l'investisseur.
Qu’est-ce qu’une IPO et une introduction en bourse ?
Une Initial Public Offering (IPO) désigne l’opération par laquelle une société ouvre pour la première fois une partie de son capital au public et fait admettre ses actions à la cotation. Concrètement, des titres sont proposés à des investisseurs — institutionnels, mais aussi particuliers dans le cadre d’une offre réservée — en échange d’un prix fixé à l’issue d’une phase de construction du carnet d’ordres. L’entreprise peut émettre des actions nouvelles pour financer son développement, ou voir ses actionnaires historiques céder tout ou partie de leurs titres. Le produit de l’opération revient alors soit à la société, soit aux vendeurs, soit aux deux.
IPO et introduction en bourse : deux angles d’un même événement
Dans l’usage, les termes d’ipo et introductions en bourse sont employés comme synonymes. La nuance est pourtant utile :
- L’IPO (sigle anglo-saxon d’Initial Public Offering) met l’accent sur l’offre de titres : la souscription, le placement, la fixation du prix.
- L’introduction en bourse insiste sur l’événement de marché : l’admission à la cote et l’entrée dans un cadre réglementé.
Toutes les introductions ne sont donc pas des IPO au sens strict. Une société déjà cotée ailleurs peut être simplement admise sur un nouveau marché, et une admission peut se faire sans lever un centime si seuls des actionnaires existants vendent leurs titres. À l’inverse, une IPO suppose une émission ou une cession de titres au moment de cette première cotation.
Du privé au public : ce qui change réellement
Le passage au statut de société cotée modifie en profondeur la vie de l’entreprise :
- Actionnariat dilué et arrivée d’investisseurs parfois volatils, avec une part de flottant (free float) qui conditionne la liquidité du titre.
- Transparence renforcée : document d’enregistrement visé par l’AMF, publication d’informations privilégiées, comptes annuels et semestriels, déclaration des franchissements de seuils (5 %, 10 %, 15 %…).
- Gouvernance : conseil d’administration élargi, comités d’audit et de rémunération, application de codes de référence.
- Période de lock-up : les dirigeants et actionnaires de référence s’engagent souvent à ne pas vendre pendant 180 jours environ, pour rassurer le marché.
- Valorisation permanente : le prix devient une opinion collective quotidienne, sensible aux cycles et aux résultats trimestriels.
Le rôle d’Euronext et de la Bourse de Paris
En France, la cotation s’effectue principalement sur Euronext Paris, au sein du groupe paneuropéen Euronext (Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Milan, Oslo). Deux univers coexistent : le marché réglementé, structuré en compartiments A, B et C selon la capitalisation, et Euronext Growth, marché multilatéral aux exigences allégées, destiné aux petites et moyennes capitalisations. Euronext opère le carnet d’ordres et admet les titres ; la validation du prospectus relève, elle, de l’AMF.
La dynamique est cyclique. L’introduction de la FDJ en février 2021 a mobilisé près de 1,9 milliard d’euros, un sommet pour la place parisienne depuis plusieurs années, tandis qu’OVHcloud levait environ 350 millions d’euros à l’automne 2021. Les années 2022 et 2023 ont été nettement plus atones, la volatilité des taux et la correction des valorisations technologiques ayant repoussé de nombreux projets.
Rappelons enfin que tout investissement comporte un risque de perte en capital et que ces éléments ne constituent pas un conseil en investissement.
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Les différents types d’introductions en bourse
Chaque opération d’accès au marché comporte ses variantes techniques, et bien comprendre ces mécanismes permet d’évaluer correctement l’impact d’une opération sur la structure du capital et sur les intérêts en présence. Dans la pratique, les ipo et introductions en bourse se déclinent selon quatre grandes modalités, chacune répondant à des logiques distinctes.
L’offre publique initiale (OPI)
L’OPI est le schéma le plus classique : l’entreprise émet des actions nouvelles, souscrites par le public, et l’argent levé entre dans ses caisses. On parle alors de véritable augmentation de capital, avec dilution des actionnaires historiques. C’est le modèle privilégié par une société en forte croissance qui cherche à financer son expansion, un programme d’investissement ou la réduction de sa dette.
Sur Euronext Paris, une OPI représente généralement entre 5 % et 40 % du capital post-opération, avec un prix d’offre fixé après une période de construction du livre d’ordres (3 à 5 jours en moyenne). L’objectif pour l’émetteur est simple : maximiser le produit net de l’émission.
L’offre publique de vente (OPV)
À l’inverse, l’OPV ne rapporte rien à l’entreprise : ce sont les actionnaires existants — fondateurs, fonds de capital-investissement, famille — qui cèdent tout ou partie de leurs titres. Le produit de l’opération leur revient directement. L’entreprise n’est donc pas enrichie, mais sa liquidité augmente puisque son flottant s’élargit.
Ce schéma est fréquent pour les fonds d’investissement en fin de cycle, qui souhaitent sortir de leur participation. Une OPV peut également accompagner une cotation purement technique, notamment pour tester l’appétit du marché avant une levée ultérieure.
L’offre publique mixte (OPM)
La formule la plus répandue combine les deux précédentes : une partie du capital est émise (OPI) et une autre cédée par les actionnaires vendeurs (OPV). Cela permet simultanément de financer l’entreprise, d’apporter de la liquidité au marché et de permettre à certains actionnaires de monétiser leur position. Les prospectus d’émission détaillent précisément la répartition entre ces deux composantes.
La cotation directe et les autres modalités
Toutes les introductions ne passent pas par une levée de fonds. La cotation directe (direct listing) consiste à admettre des actions existantes à la négociation sans émission nouvelle ni procédure de bookbuilding : le prix d’ouverture résulte simplement de la confrontation des ordres à l’ouverture. C’est la voie empruntée par quelques acteurs notables, souvent déjà bien connus du public.
Autres modalités moins fréquentes :
- L’introduction par apport ou fusion : les titres d’une société sont échangés contre ceux d’une entité déjà cotée, sans appel au marché.
- Le SPAC (special purpose acquisition company) : une coquille cotée rachète une cible non cotée, contournant la procédure d’IPO traditionnelle, longtemps très populaire aux États-Unis avant un net ralentissement depuis 2021.
- Le transfert de compartiment : simple passage d’un marché réglementé à un autre, sans émission.
Chaque structure induit donc des effets différents sur la dilution, la liquidité et la gouvernance. Les comparer attentivement permet de ne pas confondre une levée de capitaux destinée à l’entreprise avec une simple opération de sortie pour ses actionnaires.
Rappel : tout investissement en actions ou dans une opération d’introduction comporte un risque de perte en capital. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
Processus et étapes d’une introduction en bourse
Les préalables comptables : préparation et audit financier
Aucune introduction en bourse ne s’improvise. En amont de toute démarche, l’entreprise doit présenter une information comptable irréprochable. Concrètement, cela suppose un historique de comptes audités et certifiés, généralement sur les trois derniers exercices (deux suffisent pour Euronext Growth), et une mise en conformité aux normes IFRS pour les marchés réglementés. En France, ce passage aux IFRS constitue souvent le premier chantier lourd : retraitements des engagements de retraite, des stocks, des instruments financiers et des contrats de location (IFRS 16).
Il faut y ajouter la mise en place d’un contrôle interne robuste, d’un reporting mensuel fiable et d’une gouvernance renforcée (conseil d’administration, comités d’audit et de rémunération). Cette phase, dite de « corporate readiness », mobilise typiquement six à douze mois, parfois dix-huit pour une structure peu familière des standards boursiers.
Le choix des établissements financiers et des intermédiaires
Vient ensuite la sélection des acteurs de l’opération. L’entreprise désigne un chef de file (global coordinator), souvent une banque d’investissement, épaulé par un syndicat bancaire pour la commercialisation. Autour d’eux gravitent avocats d’affaires, auditeurs, conseil financier indépendant et agence de communication financière.
Le chef de file joue un rôle central : évaluation de la valorisation, structuration de l’offre, organisation du roadshow, tenue de marché et stabilité du cours les premiers jours. Sa rémunération combine des honoraires fixes et une commission de succès, souvent de 3 % à 7 % du montant levé pour une capitalisation moyenne sur Euronext.
Le prospectus, document pivot de l’opération
Tout repose ensuite sur le prospectus, visé par l’AMF en application du règlement européen 2017/1129. Ce document détaille l’activité, la stratégie, les comptes, la gouvernance, la structure de l’actionnariat, les facteurs de risque et l’affectation des fonds levés. Sa rédaction et les échanges avec le régulateur s’étalent généralement sur deux à trois mois. Point essentiel pour l’investisseur : le visa de l’AMF atteste de la conformité du document, en aucun cas de la qualité de l’action ou du prix proposé.
Bookbuilding, souscription et fixation du prix
La valorisation se construit progressivement. La banque chef de file propose d’abord une fourchette indicative, puis organise un roadshow d’une à deux semaines auprès des investisseurs institutionnels. Ce « bookbuilding » permet de recueillir les intentions de souscription et d’ajuster le prix en fonction de la demande.
Le prix définitif est arrêté à l’issue de cette période. Deux mécanismes accompagnent fréquemment l’opération :
- une option de surallocation (dite greenshoe), portant jusqu’à 15 % de l’offre initiale, destinée à stabiliser le cours ;
- une clause de lock-up, engageant les actionnaires historiques à conserver leurs titres, souvent 180 jours.
La période de souscription, ouverte quelques jours seulement, peut être close par anticipation en cas de forte demande.
Cotation officielle et premiers échanges
Le jour J, l’admission est prononcée et le premier cours est fixé par un fixing d’ouverture. Les premières séances sont souvent volatiles : décote, prime ou agitation spéculative traduisent l’ajustement entre offre et demande. La banque peut intervenir en stabilisation pour limiter les à-coups.
Gardez à l’esprit que ce déroulé n’offre aucune garantie de performance : participer à une ipo parmi les introductions en bourse comporte un risque de perte en capital, parfois total, et ne constitue pas un conseil en investissement.
Critères et conditions pour une IPO réussie
Réussir une IPO ne se décrète pas : c’est la rencontre entre une société prête à se soumettre à un régime de transparence exigeant et une fenêtre de marché favorable. Rappelons d’emblée que participer à une IPO n’est jamais exempt de risque de perte en capital, et que rien de ce qui suit ne constitue un conseil en investissement.
Des conditions financières minimales et une taille critique
Les marchés imposent des planchers explicites. Sur Euronext Growth, un placement public d’au moins 2,5 millions d’euros est en principe requis, tandis que le marché réglementé exige un flottant significatif, souvent de l’ordre de 25 % du capital sauf dérogation, afin de garantir la liquidité du titre. Aux États-Unis, le Nasdaq et le NYSE réclament par exemple 400 actionnaires détenant des « round lots » et plusieurs dizaines de millions de dollars de titres placés dans le public.
Au-delà des seuils réglementaires, c’est l’économie de l’opération qui tranche. Les frais totaux (conseils, banques, audit, communication) représentent fréquemment 5 à 10 % du montant levé, avec une part fixe incompressible qui pèse lourd sur les petites opérations. Une levée inférieure à 30 ou 50 millions d’euros se justifie donc rarement : flottant trop étroit, volumes de transaction squelettiques, couverture analystes inexistante et exclusion probable des indices.
Gouvernance d’entreprise et transparence
Les investisseurs n’achètent pas seulement un business, ils achètent un mode de gouvernance. En France, la référence des introductions en bourse est le code AFEP-MEDEF, qui recommande notamment la présence d’au moins la moitié d’administrateurs indépendants dans les sociétés contrôlées, la mise en place d’un comité d’audit et un encadrement strict des rémunérations.
S’y ajoute le régime de transparence continu : document d’enregistrement universel visé par l’AMF, publication des comptes semestriels, information permanente sur les éléments susceptibles d’affecter le cours, et déclaration des franchissements de seuils (5 %, 10 %, 15 %…) dans un délai de quatre jours de bourse. Une structure de capital illisible, des pactes d’actionnaires opaques ou une gouvernance monocéphale constituent des motifs fréquents de décote, voire de report.
Historique comptable et performances vérifiables
Le marché exige des preuves, pas des promesses. Le document d’enregistrement comporte généralement trois exercices audités par un commissaire aux comptes, en normes IFRS sur le marché réglementé. Les analystes scrutent la trajectoire du chiffre d’affaires, la marge brute, l’EBITDA, la consommation de trésorerie, l’endettement net rapporté à l’EBITDA et le besoin en fonds de roulement.
Trois éléments disqualifient régulièrement les candidats : une comptabilité retraitée à la hâte avant l’opération, une dépendance excessive à quelques clients ou à un dirigeant fondateur, et une rentabilité seulement « ajustée ». Les lock-up de 180 jours imposés aux actionnaires historiques visent précisément à rassurer sur la sincérité de la trajectoire présentée.
Secteur d’activité, croissance et fenêtre de marché
Tous les secteurs n’ont pas la même appétence. Les investisseurs privilégient les modèles récurrents, la scalabilité et un marché adressable large. À l’inverse, les activités cycliques, très capitalistiques ou dépendantes d’une réglementation mouvante se valorisent avec une décote.
Le timing est décisif : après le pic de 2021, le marché européen des IPO s’est quasiment refermé en 2022, avec des montants levés en repli de l’ordre de 70 %. Même une société solide échoue lorsque la fenêtre se ferme. Les succès emblématiques — Aramco en 2019 (environ 29 milliards de dollars), Arm en 2023 (près de 5 milliards) — illustrent l’inverse : un dossier robuste présenté au bon moment, avec une taille et une histoire crédibles.
Coûts et frais d’une introduction en bourse
Une introduction en bourse mobilise un éventail de frais qui, cumulés, peuvent représenter entre 5 % et 10 % du montant levé pour une opération de taille moyenne. Contrairement à une idée répandue, ces coûts ne sont pas uniquement supportés par l’émetteur : ils influencent directement le prix payé par les souscripteurs. Voici comment ils se décomposent.
Les frais de courtage et de commission de placement
Le poste le plus lourd. Les banques qui orchestrent l’opération — le syndicat bancaire — perçoivent une commission de placement généralement comprise entre 3 % et 7 % du montant total levé. Cette rémunération varie selon la taille de l’IPO, la complexité du dossier et la demande des investisseurs. Sur les grandes introductions en bourse (par exemple au-delà du milliard d’euros), la commission peut descendre vers 2 à 3 %, tandis que les opérations plus modestes, sur Euronext Growth par exemple, peuvent grimper jusqu’à 7 ou 8 %. S’y ajoutent parfois des commissions de surperformance (fees de succès) et des frais de courtage sur les ordres eux-mêmes.
Les coûts de conseil juridique et financier
Un dossier d’admission exige une documentation dense : prospectus visé par l’AMF, audits comptables, attestations de conformité. Les cabinets d’avocats spécialisés facturent l’ensemble souvent entre 300 000 € et 2 millions d’euros selon l’envergure. Les audits des commissaires aux comptes, réclamés sur trois exercices, comptent également. À cela s’ajoutent les frais de conseil financier (banques-conseils, due diligence), soit plusieurs centaines de milliers d’euros, même lorsque l’opération échoue.
Les frais de publicité et de marketing
Le “roadshow” — cette tournée de présentation auprès des investisseurs institutionnels — coûte cher : déplacements, hébergements, salles, production de supports. Selon les marchés ciblés (Paris, Londres, New York), le budget peut dépasser 500 000 €. S’y ajoutent les frais de relations investisseurs, la communication financière et parfois une campagne de presse. Ces dépenses sont indispensables pour susciter la demande, mais elles ne garantissent nullement une souscription complète.
Les frais de listing et d’enregistrement
Les marchés facturent des droits d’admission et des frais récurrents. Sur Euronext, les frais d’admission initiaux dépassent rarement 50 000 € pour les petites capitalisations, mais les frais annuels de cotation (listing fees) représentent ensuite quelques dizaines de milliers d’euros par an. À retenir : l’enregistrement auprès de l’AMF, l’immatriculation des titres, la documentation déposée au registre du commerce, tout cela engendre des frais administratifs souvent sous-estimés.
Impact sur le prix final des actions
Ces coûts ne sont pas neutres. Ils sont soit absorbés sur le produit brut de l’émission — réduisant d’autant le montant net récupéré par l’entreprise — soit intégrés dans la fourchette de prix initiale. Pour l’investisseur, la conséquence est directe : à niveau d’entreprise identique, plus les frais sont élevés, plus le prix d’introduction tend à être ajusté à la hausse ou le montant levé à la baisse. Autrement dit, une IPO coûteuse dilue davantage les actionnaires existants et pèse sur le rendement futur.
Gardez toutefois un principe à l’esprit : ces coûts sont des ordres de grandeur indicatifs et varient fortement d’un dossier à l’autre. Tout investissement en actions comporte un risque de perte en capital et cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.
Risques et défis d’une IPO
Une volatilité difficile à anticiper
Avant l’IPO, l’action ne dispose d’aucun historique de cotation. Le jour de l’introduction, le prix d’offre est confronté pour la première fois à la demande réelle du marché secondaire, ce qui produit fréquemment des écarts spectaculaires. Snap a ainsi gagné 44 % lors de sa première séance en 2017, avant de perdre plus de la moitié de sa valeur dans les deux années suivantes. À l’inverse, Facebook a chuté de près de 50 % dans les mois suivant son introduction de 2012. Le mécanisme de lock-up, qui bloque généralement les titres des fondateurs, dirigeants et salariés pendant 90 à 180 jours, ajoute une seconde source de tension : à l’expiration de cette période, l’arrivée potentielle de millions d’actions sur le marché peut peser brutalement sur le cours. Les introductions en bourse présentent donc un profil de risque spécifique, lié à l’absence de repères historiques et à une liquidité initiale souvent réduite.
La dilution du capital des fondateurs
Une introduction en bourse s’accompagne presque toujours d’une émission d’actions nouvelles. Un fondateur détenant 40 % du capital avant l’opération peut se retrouver sous les 30 % après, voire bien moins si la société émet 20 % à 25 % de titres supplémentaires comme c’est fréquent. Cette dilution n’est pas seulement mathématique : elle réduit mécaniquement le poids du vote de chaque actionnaire historique et le dividende par action potentiel. Elle peut se poursuivre après l’introduction, à travers augmentations de capital, attributions gratuites, plans de stock-options ou obligations convertibles.
Des obligations de transparence contraignantes
La cotation déclenche un régime d’information permanent. Concrètement, une société cotée sur Euronext doit publier :
- un rapport annuel dans les quatre mois suivant la clôture de l’exercice ;
- un rapport semestriel dans les deux mois ;
- des informations trimestrielles, des communiqués sur les faits marquants et des déclarations de franchissements de seuils ;
- des publications strictes en cas de contrats majeurs ou d’opérations sur le capital.
S’y ajoutent des normes comptables IFRS, des contraintes sur les informations privilégiées et des règles strictes d’encadrement des transactions des dirigeants. Ces obligations mobilisent des équipes juridiques, comptables et un service relations investisseurs à plein temps.
Perte de contrôle et gouvernance
L’ouverture du capital expose la direction à de nouveaux contre-pouvoirs : assemblée générale annuelle, administrateurs indépendants, votes consultatifs sur la rémunération, exigences de comités d’audit et de nomination. Un fondateur majoritaire avant l’introduction peut perdre le contrôle de fait de sa société si un fonds activiste ou un concurrent monte au capital. Le risque de conflit entre actionnaires de référence et minoritaires devient permanent.
Le risque d’échec ou de sous-souscription
Toute introduction en bourse peut être annulée. Si le carnet d’ordres ne couvre pas le nombre d’actions offertes, ou si le prix jugé trop bas par l’émetteur, la société peut retirer son offre. L’échec de WeWork en 2019 et le gel quasi total du marché européen des introductions en 2022 rappellent qu’une fenêtre de marché peut se refermer brutalement. Les frais engagés — banquiers, avocats, audit — restent alors largement supportés.
Comme pour tout placement, ces opérations comportent un risque de perte en capital et ne constituent pas un conseil en investissement.
Réglementation et cadre légal en France
Le superviseur : l’AMF
Avant de souscrire à une IPO et à des introductions en bourse, vous devez intégrer le cadre français. L’Autorité des marchés financiers (AMF), créée en 2003, est une autorité administrative indépendante. Elle délivre le visa sur le prospectus, contrôle l’information réglementée des sociétés cotées et surveille les marchés. Elle peut ouvrir des enquêtes et sanctionner les manquements, y compris par des amendes. Attention : le visa de l’AMF ne garantit ni la qualité de l’émetteur ni la performance future du titre.
Prospectus et information
Le règlement européen Prospectus (UE) 2017/1129 encadre l’essentiel. Un prospectus est obligatoire pour une offre au public dépassant 8 millions d’euros sur douze mois, ou pour une admission sur un marché réglementé. Ce document détaille l’activité, les risques, les comptes, la gouvernance, la structure de capital et l’utilisation des fonds. L’AMF peut demander des corrections avant d’apposer son visa. Pour les sociétés déjà cotées, le document d’enregistrement universel sert souvent de base.
Période de stabilisation post-IPO
Après l’introduction, les banques chefs de file peuvent stabiliser le cours. Cette pratique est encadrée par le règlement européen sur les abus de marché (MAR) : la période de stabilisation est limitée à 30 jours après le début des négociations. L’option de surallocation, ou greenshoe, porte généralement sur 15 % de l’offre. Les achats de stabilisation ne peuvent pas se faire au-dessus du prix d’offre. L’objectif est d’amortir une pression vendeuse excessive, pas de soutenir artificiellement le titre sur longue période.
Restrictions de vente : lock-up
Les lock-up sont des engagements contractuels de conservation. Les fondateurs, dirigeants et actionnaires historiques s’engagent souvent à ne pas céder leurs titres pendant 90, 180 ou 360 jours après la cotation. Un lock-up de 180 jours est courant. Ces clauses figurent dans le prospectus. Elles visent à éviter une vague de ventes immédiate. Des exceptions existent, notamment en cas d’offre publique d’achat ou d’autorisation du chef de file.
IFRS et reporting continu
Depuis 2005, les normes IFRS s’appliquent aux comptes consolidés des sociétés cotées sur un marché réglementé de l’Union européenne. Sur Euronext Growth, un marché non réglementé, les normes françaises restent possibles. Le reporting continu impose un rapport financier annuel dans les quatre mois suivant la clôture et un rapport semestriel dans les trois mois. Le reporting trimestriel n’est plus obligatoire au niveau européen, mais reste une pratique fréquente. Toute information privilégiée doit être publiée rapidement. L’AMF veille au respect de ces obligations.
Rappel : tout investissement comporte un risque de perte en capital et ne constitue pas un conseil en investissement.
En résumé
- Distinguez l'IPO, qui porte sur l'offre de titres et la fixation du prix, de l'introduction en bourse, qui désigne l'admission à la cote et l'entrée dans un cadre réglementé.
- Déterminez s'il s'agit d'une OPI, d'une OPV, d'une OPM ou d'une cotation directe, car cela indique si le produit revient à la société, aux actionnaires vendeurs, aux deux, ou à personne.
- Intégrez les effets concrets de la cotation — flottant, transparence AMF, gouvernance élargie, lock-up d'environ 180 jours et valorisation quotidienne — avant d'évaluer l'opération.
Questions fréquentes
C'est quoi une IPO ?
Une IPO (Initial Public Offering) est l'opération par laquelle une société ouvre pour la première fois une partie de son capital au public et fait admettre ses actions à la cotation. Des titres sont proposés à des investisseurs, à un prix fixé après une phase de construction du carnet d'ordres.
Quelle est la différence entre IPO et introduction en bourse ?
Dans l'usage, les deux termes sont synonymes, mais l'IPO met l'accent sur l'offre de titres, tandis que l'introduction en bourse insiste sur l'événement de marché et l'admission à la cote. Toutes les introductions ne sont donc pas des IPO au sens strict.
Quels sont les différents types d'introduction en bourse ?
Les principales modalités sont l'offre publique initiale (OPI), l'offre publique de vente (OPV), l'offre publique mixte (OPM) et la cotation directe. L'OPI émet des actions nouvelles, l'OPV cède des titres existants et l'OPM combine les deux.
Peut-on entrer en bourse sans lever de fonds ?
Oui. Une admission peut se faire sans lever un centime si seuls des actionnaires existants vendent leurs titres, et la cotation directe consiste à admettre des actions existantes.
Où se cote une entreprise en France ?
En France, la cotation s'effectue principalement sur Euronext Paris, au sein du groupe paneuropéen Euronext. Deux univers coexistent : le marché réglementé, structuré en compartiments A, B et C, et Euronext Growth, destiné aux petites et moyennes capitalisations.