Protection sociale du dirigeant : le guide complet

La protection sociale du dirigeant dépend de son statut juridique : les gérants majoritaires de SARL, exploitants individuels, associés uniques d’EURL et micro-entrepreneurs relèvent du régime des travailleurs non salariés (SSI), tandis que les présidents de SAS/SASU et gérants minoritaires de SARL sont généralement assimilés salariés et dépendent du régime général. Elle couvre maladie, maternité, accident, invalidité, décès et retraite, mais avec des écarts importants sur le chômage, les accidents du travail, les indemnités journalières, la retraite et les cotisations. Il est donc essentiel de vérifier et d’ajuster sa couverture obligatoire et complémentaire à chaque changement de statut, de rémunération ou de bénéfice.
- Qu’est-ce que la protection sociale du dirigeant ?
- Régimes obligatoires de protection sociale
- Retraite du dirigeant : options et stratégies
- Couvertures complémentaires recommandées
- Maladie, prévoyance et frais de santé : reconstituer le filet de sécurité
- Invalidité-décès : le cœur de la protection sociale du dirigeant
- Accidents du travail : l’angle mort du gérant majoritaire
- Comment comparer les offres
- Avantages fiscaux et déductions
- Statuts juridiques et protection sociale
- Erreurs à éviter et risques couverts
Qu’est-ce que la protection sociale du dirigeant ?
Un filet de sécurité adossé au statut juridique
La protection sociale du dirigeant désigne l’ensemble des garanties dont il bénéficie en cas de maladie, maternité, accident, invalidité, décès et pour sa retraite. Elle n’est pas un régime unique : elle dépend de la forme juridique de l’entreprise et du niveau de contrôle exercé. Un gérant majoritaire de SARL, un exploitant individuel ou un associé unique d’EURL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), rattaché à la Sécurité sociale des indépendants (SSI). À l’inverse, un président de SAS/SASU ou un gérant minoritaire de SARL est généralement assimilé salarié et dépend du régime général. Ce choix de statut commande le montant des cotisations, l’étendue des prestations et les marges de manœuvre fiscales.
Ce qui distingue le dirigeant du salarié
Les écarts sont structurants :
- Chômage : un TNS ne cotise pas à l’assurance chômage et n’y a pas droit. Un président de SAS en est également exclu. Un gérant minoritaire de SARL peut, sous conditions, être couvert.
- Accidents du travail : le salarié est couvert automatiquement. Pour un TNS, l’AT/MP est facultative ; pour certains mandataires sociaux, elle n’est pas acquise d’office.
- Retraite : le TNS cotise à la retraite de base SSI et à la retraite complémentaire des indépendants (RCI). L’assimilé salarié relève de la CNAV et de l’AGIRC-ARRCO, avec des droits souvent plus élevés.
- Indemnités journalières : celles du TNS sont généralement plus faibles, soumises à conditions de revenus et à carence. Le salarié bénéficie de la subrogation et parfois d’un maintien de salaire par accord collectif.
- Cotisations : le TNS paie sur son bénéfice, avec un taux global de l’ordre de 45 % ; l’assimilé salarié cotise sur sa rémunération, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (47 100 € en 2025), puis au-delà selon les risques.
Obligations légales et recommandations
L’affiliation au régime obligatoire est impérative : SSI pour les TNS, régime général pour les assimilés salariés. Les cotisations doivent être déclarées et payées selon l’échéancier (acomptes mensuels ou trimestriels, régularisation annuelle). Pour un TNS, même avec un bénéfice nul, des cotisations minimales peuvent être dues. Pour un assimilé salarié, l’employeur – souvent la société – doit déclarer et verser les cotisations.
Au-delà de l’obligatoire, le dirigeant doit souvent combler les trous : prévoyance indemnités journalières, invalidité, décès, mutuelle, PER ou contrat Madelin pour la retraite. Un gérant majoritaire qui souhaite maintenir 3 000 € net par mois en cas d’arrêt doit vérifier les plafonds et carences de son contrat. Enfin, la protection sociale du dirigeant doit être revue à chaque changement de statut, de rémunération ou de bénéfice, car les droits suivent l’activité réelle.
Régimes obligatoires de protection sociale
Le régime général : dirigeants assimilés salariés
La protection sociale du dirigeant dépend d’abord de son statut juridique. Les présidents de SAS/SASU, les gérants minoritaires ou égalitaires de SARL et les dirigeants salariés sont rattachés au régime général de la Sécurité sociale, piloté par l’URSSAF. Ils sont considérés comme assimilés salariés : les cotisations sont calculées sur la rémunération versée, les trimestres de retraite sont validés comme pour un salarié, et les droits maladie-maternité-invalidité sont ouverts dans les mêmes conditions.
Le régime des travailleurs indépendants (SSI)
Les gérants majoritaires de SARL, les exploitants individuels et les micro-entrepreneurs relèvent du régime des travailleurs indépendants. Depuis le 1er janvier 2020, le RSI a été absorbé par le régime général sous l’appellation « Sécurité sociale des indépendants » (SSI). Les cotisations ne sont plus assises sur le chiffre d’affaires mais sur le bénéfice réel (BIC ou BNC), avec une assiette minimale fixée à 11,5 % du PASS, soit environ 5 416 € en 2025. Concrètement, un indépendant déclarant 0 € de bénéfice cotise malgré tout sur cette base forfaitaire.
Cotisations obligatoires et bases de calcul
Côté SSI, les taux 2025 s’articulent autour du PASS (47 100 €) :
- Maladie-maternité : 0 % jusqu’à 110 % du PASS (51 810 €), puis taux progressif jusqu’à 6,50 %.
- Allocations familiales : 0 % jusqu’à 110 % du PASS, 3,45 % entre 110 % et 140 %, 5,25 % au-delà.
- Retraite de base : 17,75 % jusqu’à 1 PASS, puis 0,60 % de 1 à 5 PASS.
- Retraite complémentaire obligatoire (RCI) : 7 % jusqu’à 1 PASS, 8 % de 1 à 4 PASS.
- Invalidité-décès : cotisation forfaitaire (environ 76 €/an).
- CSG/CRDS : 9,7 % sur les revenus professionnels.
Pour un dirigeant assimilé salarié, cotisations patronales et salariales s’additionnent : maladie 7 % (part patronale), vieillesse plafonnée 8,55 % + 6,90 %, allocations familiales 5,25 %, plus CSG/CRDS à 9,7 % sur 98,25 % du brut.
Maladie, maternité et invalidité : ce qui est réellement couvert
Le régime obligatoire garantit le remboursement des soins (70 %, porté à 100 % en ALD), des indemnités journalières (IJ) en cas d’arrêt et une pension d’invalidité selon la catégorie (1re, 2e ou 3e).
Deux nuances pèsent lourd sur le budget du dirigeant :
- Indépendants : les IJ ne sont versées qu’à partir du 4e jour d’arrêt, pour un montant forfaitaire plafonné à environ 60 € brut/jour — bien inférieur au revenu réel.
- Assimilés salariés : IJ à 50 % du salaire brut journalier (plafonné à 1,4 SMIC), versées dès le 4e jour après 3 jours de carence.
La maternité est couverte 16 semaines pour un premier enfant (26 semaines dès le 3e), avec IJ dans les deux régimes mais des modes de calcul distincts. En invalidité, la pension SSI reste souvent symbolique : d’où l’intérêt d’anticiper une couverture complémentaire adaptée à votre statut.
Retraite du dirigeant : options et stratégies
Les leviers à votre disposition pour préparer votre retraite varient selon votre statut. Un président de SASU assimilé salarié ne cotise pas comme un gérant majoritaire de SARL, travailleur non salarié (TNS). La protection sociale du dirigeant conditionne donc largement le montant de votre future pension et les stratégies d’optimisation.
Le socle obligatoire : base et complémentaire
Pour les TNS, la retraite de base est alignée sur le régime général depuis 2020. Vous cotisez sur votre bénéfice imposable : 8,23 % jusqu’à 1 PASS (46 368 € en 2024) et 1,87 % entre 1 et 4 PASS. Un trimestre est validé dès 1 747,50 € de revenu (150 fois le SMIC horaire). Pour obtenir 4 trimestres, il faut donc déclarer au moins 6 990 €. La retraite complémentaire obligatoire (RCI) s’ajoute : 7 % jusqu’à 1 PASS, puis 8 % jusqu’à 4 PASS. Pour un bénéfice de 40 000 €, cela représente environ 6 090 € de cotisations retraite (base + RCI).
Les assimilés salariés (président de SASU, gérant minoritaire) cotisent au régime général et à l’AGIRC-ARRCO sur leur rémunération. Les taux sont plus élevés, mais la part patronale est déductible. Attention : si vous ne vous versez pas de salaire, vous ne validez aucun trimestre.
Les dispositifs surcomplémentaires : Madelin et PER
Au-delà des régimes obligatoires, deux véhicules principaux existent :
- Contrat Madelin (réservé aux TNS) : vous déduisez les primes de votre bénéfice imposable. Plafond : 10 % du bénéfice annuel + 1 % du PASS, limité à 8 PASS. Pour 40 000 € de bénéfice, le plafond est de 4 463 €.
- PER (Plan d’Épargne Retraite) : ouvert à tous. Pour un TNS, le plafond est identique au Madelin. Pour un assimilé salarié, il est de 10 % du PASS (4 636 €) + 10 % des revenus au-dessus, dans la limite de 8 PASS.
Ces versements sont déductibles du revenu imposable. Un versement de 5 000 € dans la tranche à 30 % vous fait économiser 1 500 € d’impôt. En contrepartie, l’épargne est bloquée jusqu’à la retraite (sauf déblocage anticipé pour achat de résidence principale, accident de la vie, etc.).
Optimiser ses versements : stratégie et plafonds
Votre stratégie dépend de votre taux marginal d’imposition (TMI). Plus il est élevé, plus la déduction est intéressante. Si vous êtes à 41 % ou 45 %, maximisez le PER. Si vous êtes à 11 % ou 0 %, l’avantage fiscal est faible : privilégiez alors l’investissement en direct ou le PER avec sortie en capital.
Pensez à mutualiser : un TNS peut cumuler Madelin et PER, dans la limite des plafonds globaux. Les versements non utilisés sont reportables sur les 3 années suivantes.
Calcul des droits et estimation des pensions
La retraite de base se calcule sur vos 25 meilleures années (plafonnées). Le taux plein (50 %) est acquis à 64 ans (si vous avez tous vos trimestres) ou à 67 ans automatiquement. Chaque trimestre manquant entraîne une décote de 1,25 % (max 20 trimestres). À l’inverse, une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire s’applique.
La retraite complémentaire fonctionne par points, dont la valeur est revalorisée annuellement. À titre indicatif, un dirigeant TNS ayant cotisé sur un revenu annuel moyen de 40 000 € sur 25 ans, avec taux plein, peut espérer une pension de base d’environ 1 600 € brut par mois, à laquelle s’ajoutent les points de RCI (environ 400 à 500 € par mois). Soit une pension totale de l’ordre de 2 000 à 2 100 € brut.
Utilisez les simulateurs officiels : Info Retraite et le simulateur de la SSI pour les indépendants. Un bilan retraite avec votre expert-comptable permet d’ajuster vos versements.
Couvertures complémentaires recommandées
Maladie, prévoyance et frais de santé : reconstituer le filet de sécurité
Le régime obligatoire des travailleurs non salariés (TNS) sert des indemnités journalières très éloignées d’un revenu de dirigeant. Depuis 2020, l’IJ maladie maximale correspond à 1/730 du PASS, soit environ 64,50 € brut par jour avec un PASS 2025 de 47 100 €, et elle n’est versée qu’à compter du 4e jour d’arrêt (360 jours sur 3 ans). Un dirigeant qui facture 6 000 € par mois de revenu se retrouve donc à moins de la moitié de son revenu dès le premier arrêt.
Un contrat de prévoyance de type loi Madelin (art. 154 bis du CGI) permet de compléter :
- des indemnités journalières en relais, garantissant 70 % à 100 % du revenu net, avec une franchise de 3, 15, 30 ou 90 jours ;
- le remboursement des frais de santé (consultations, hospitalisation, optique, dentaire) ;
- des garanties annexes : indemnité de changement de profession, capital affections graves.
Plus la franchise est courte, plus la cotisation grimpe : comptez 1,5 à 3 % du revenu annuel pour un bon niveau de garantie.
Invalidité-décès : le cœur de la protection sociale du dirigeant
C’est la garantie la plus souscrite, car le régime obligatoire ne verse, en invalidité, qu’une pension calculée sur une assiette plafonnée, souvent inférieure au tiers des revenus réels.
Les contrats du marché couvrent classiquement :
- une rente d’invalidité de 50 % à 100 % du revenu annuel, versée dès un taux d’IPP (incapacité permanente partielle) de 33 %, avec souvent une franchise de 90 à 180 jours ;
- un capital décès de 50 000 € à 500 000 €, libre d’affectation ;
- une rente éducation par enfant (1 000 à 3 000 € par an) ;
- la prise en charge des cotisations sociales en cas d’arrêt long.
Exemple concret : un gérant de SARL majoritaire âgé de 45 ans, 80 000 € de revenus, souscrit 100 000 € de capital décès et une rente invalidité de 60 000 €/an : budget de 1 500 à 2 500 € par an, intégralement déductible du résultat de la société ou du BIC/BNC dans les limites de l’article 154 bis du CGI. Les capitaux décès sont versés aux bénéficiaires désignés, hors succession ; les primes versées avant 70 ans bénéficient de l’abattement de 152 500 € par bénéficiaire de l’article 990 I du CGI.
Accidents du travail : l’angle mort du gérant majoritaire
Un salarié, comme un gérant minoritaire assimilé salarié, est couvert d’office par la branche AT/MP. Un gérant majoritaire de SARL ou un entrepreneur individuel ne l’est pas. Il peut demander son adhésion volontaire à l’assurance AT/MP, ouverte depuis la loi du 5 septembre 2018 (application en 2020), avec une cotisation assise sur les revenus professionnels et un taux variant selon l’activité : environ 1 % pour un consultant, 4 % à 6 % dans le BTP. Sans cette option, un accident sur chantier ou en déplacement n’ouvre droit qu’aux garanties du contrat privé.
Comment comparer les offres
Quatre critères discriminent réellement les contrats :
- la franchise et le délai de carence (attention aux 90 jours mal remboursés) ;
- le mode de calcul de la rente : revenu de référence sur 3 ans, revalorisation annuelle, indexation ;
- les exclusions : sports à risque, déplacements professionnels, pathologies psychiques ;
- la définition de l’invalidité (profession habituelle ou toute profession) : la première est bien plus protectrice, et plus chère.
Fourchette de marché observée : de 500 € par an pour un TNS à faibles revenus avec un minimum invalidité-décès, à 4 000 € et plus pour un dirigeant de 55 ans cumulant prévoyance, frais de santé et option AT/MP avec franchises courtes. Faites jouer la concurrence via un courtier spécialisé en protection sociale du dirigeant et vérifiez systématiquement la conformité Madelin, sans laquelle la déduction fiscale saute.
Avantages fiscaux et déductions
Cotisations sociales : un levier direct sur le bénéfice imposable
Pour un travailleur non salarié (gérant majoritaire de SARL, EI, EURL), les cotisations sociales personnelles obligatoires sont déductibles du bénéfice imposable lorsqu’il est déterminé au réel, par application de l’article 154 bis du CGI. Concrètement, si votre bénéfice avant cotisations est de 80 000 € et vos cotisations TNS de 18 000 €, le bénéfice fiscal n’est pas 80 000 € mais environ 62 000 €, avant autres charges. En micro-entreprise, ce mécanisme disparaît : les cotisations sont réputées couvertes par l’abattement forfaitaire, donc non déductibles séparément.
Pour un dirigeant assimilé salarié (président de SASU, gérant minoritaire), la société déduit de son résultat la rémunération et les cotisations patronales. Côté personnel, les cotisations salariales obligatoires se déduisent du revenu imposable (art. 83 CGI). L’avantage fiscal dépend donc du niveau de rémunération et de l’impôt sur les sociétés.
Réductions et crédits d’impôt mobilisables
La protection sociale du dirigeant ouvre aussi droit à certains avantages personnels, dans les conditions de droit commun :
- PER : versements volontaires déductibles dans la limite de 10 % des revenus professionnels, plafonnée à 8 PASS (art. 163 quatervicies CGI). Avec un PASS de 46 368 €, le plafond maximal est de 37 094 €.
- Prévoyance et retraite Madelin pour les TNS : cotisations facultatives déductibles du bénéfice dans les limites de l’article 154 bis CGI.
- Dons : réduction d’impôt de 66 % dans la limite de 20 % du revenu imposable, et 60 % pour certains dons d’aide aux personnes en difficulté (art. 200 CGI).
- Emploi à domicile : crédit d’impôt de 50 %, plafond de 12 000 € de dépenses, majoré selon la situation (art. 199 sexdecies CGI).
- Garde d’enfants de moins de 6 ans : crédit d’impôt de 50 %, plafond de 3 500 € par enfant (art. 200 quater B CGI).
- Cotisations syndicales : crédit d’impôt de 66 % (art. 199 quater C CGI).
Optimiser le régime fiscal
Le choix TNS / assimilé salarié est structurant. Un gérant majoritaire déduit ses cotisations personnelles du résultat, mais supporte des cotisations TNS et voit les dividendes dépassant 10 % du capital social soumis à cotisations. Un président de SASU assimilé salarié bénéficie d’une déduction plus large via la rémunération et les cotisations patronales, mais le coût social peut être plus élevé. L’arbitrage rémunération / dividendes doit intégrer l’IS, le PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux) ou le barème avec abattement de 40 % pour les actions.
Impact concret sur le bénéfice imposable
Au réel, plus vos cotisations obligatoires sont élevées, plus le bénéfice imposable baisse. À l’inverse, en micro-entreprise, l’abattement de 71 % pour la vente, 50 % pour les services BIC et 34 % pour les BNC remplace toute déduction de cotisations. Pour un TNS, une cotisation Madelin de 5 000 € peut réduire l’IR de 1 500 € à 2 250 € selon votre tranche marginale (30 % ou 45 %). Vérifiez chaque année les plafonds, car ils évoluent avec le PASS et la loi de finances.
Statuts juridiques et protection sociale
Le statut juridique, socle de votre protection sociale
La protection sociale du dirigeant varie considérablement selon la forme juridique de l’entreprise et le mandat exercé. Deux régimes principaux structurent vos droits : le régime des travailleurs non salariés (TNS) et le régime général des assimilés salariés.
EIRL, EURL (ERICA) et SARL : le régime TNS
- EIRL : l’entrepreneur individuel à responsabilité limitée est affilié à la Sécurité sociale des indépendants. Ses cotisations sont calculées sur le bénéfice, avec un plafond de 46 368 € (2024) pour l’assurance maladie et la retraite de base.
- ERICA (EURL) : l’associé unique gérant relève du régime TNS. Si la gérance est confiée à un tiers non associé, ce dernier est assimilé salarié s’il est rémunéré.
- SARL : le gérant majoritaire (plus de 50 % des parts) est TNS. Le gérant minoritaire ou égalitaire bascule dans le régime général des assimilés salariés.
SASU et SAS : le régime des assimilés salariés
- Le président de SASU ou de SAS est assimilé salarié, même sans contrat de travail. Il cotise au régime général sur sa rémunération.
- Les directeurs généraux et directeurs généraux délégués peuvent également bénéficier de ce régime s’ils exercent un mandat social.
- L’assurance chômage reste fermée aux mandataires sociaux, sauf cumul avec un contrat de travail.
Changement de statut : des impacts à anticiper
Passer d’une SARL à une SAS, ou modifier la répartition du capital, peut faire basculer votre protection du TNS vers le régime général (ou inversement). Concrètement :
- Les cotisations TNS sont plus faibles (environ 45 % du bénéfice contre 60 à 70 % pour un assimilé salarié), mais la protection est moindre : indemnités journalières limitées, retraite de base plus faible.
- Un changement de régime entraîne des délais de carence pour certaines prestations (maladie, maternité) et une reprise partielle d’ancienneté pour la retraite.
- La modification statutaire exige une assemblée générale extraordinaire et une publication au registre du commerce.
Associés et gérants : des situations distinctes
- L’associé non gérant ne bénéficie d’aucune protection sociale au titre de l’activité. Il peut être salarié s’il exerce une fonction technique distincte.
- Le gérant majoritaire de SARL est TNS ; le gérant minoritaire est assimilé salarié. Cette distinction dépend du nombre de parts détenues, y compris en indivision ou par le conjoint.
- Le président de SAS est assimilé salarié, mais peut cumuler avec un contrat de travail pour renforcer sa protection (retraite, maladie) sous réserve d’un lien de subordination réel.
En définitive, le choix du statut conditionne vos cotisations, vos droits à la retraite et votre couverture maladie. Une analyse personnalisée s’impose avant toute création ou transformation.
Erreurs à éviter et risques couverts
La protection sociale du dirigeant ne se résume pas à payer des cotisations : encore faut-il qu’elles soient correctement calculées, suffisantes et réellement suivies d’effets. Or c’est précisément sur ces trois points que les erreurs coûtent le plus cher.
Sous-cotisation : un faux gain aux conséquences lourdes
Beaucoup de dirigeants réduisent volontairement leur rémunération — au minimum, voire à zéro en privilégiant les dividendes — pour alléger les cotisations. Le calcul est souvent court-termiste : pour valider 4 trimestres de retraite, il faut déclarer au moins 600 fois le SMIC horaire, soit environ 6 990 € pour 2024. En dessous, les trimestres ne sont pas acquis.
Autre piège : les dividendes du gérant majoritaire de SARL. Au-delà de 10 % du capital social, des primes d’émission et des comptes courants d’associés, ils entrent dans l’assiette TNS (article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Cet oubli génère un rappel de cotisations sur trois ans, majoré des intérêts et pénalités de retard prévus par le CSS.
Les lacunes courantes
- Maladie : l’indemnité journalière d’un travailleur non salarié avoisine quelques dizaines d’euros brut par jour, après 3 jours de carence, plafonnée à 90 jours sur 3 ans — très loin des 100 % de salaire maintenus à un salarié bien couvert.
- Décès : le capital décès versé par le régime des indépendants reste modeste (environ 8 000 €), insuffisant pour une famille avec enfants.
- Invalidité : la rente de base, assise sur une assiette faible, ne couvre que rarement le passif réel.
- AT/MP : contrairement aux salariés, la couverture accidents du travail n’est pas automatique — une option ouverte depuis 2020.
Périodes de transition : anticiper, pas subir
Changement de statut, passage de gérant majoritaire à minoritaire, radiation, création de société… chaque bascule modifie le régime applicable. Trois réflexes s’imposent :
- anticiper 3 à 6 mois avant la bascule et simuler l’impact sur les droits à retraite et les indemnités journalières ;
- souscrire une prévoyance « relais » couvrant la période de carence ;
- vérifier l’option AT/MP et l’affiliation à la bonne caisse (SSI, CIPAV, etc.).
Vérifier la couverture effective
Ne présumez jamais de vos droits : contrôlez-les.
- Info-retraite : relevé de carrière et cohérence des trimestres validés.
- Ameli : attestation de droits à l’assurance maladie.
- URSSAF : bordereaux de cotisations, taux et assiettes appliqués.
- Contrats de prévoyance : franchise, plafonds, exclusions, clause de revalorisation.
Bonne nouvelle fiscale : les cotisations de prévoyance complémentaire sont déductibles du revenu imposable (article 154 bis du CGI), dans la limite de 3,75 % du bénéfice imposable + 7 % du PASS, plafonnée à 11 128 € pour 2024 (3 % de 8 PASS). Cette déduction peut financer une part significative d’une couverture renforcée.
Un audit annuel — une demi-heure avec votre expert-comptable — évite des années de cotisations mal orientées et des trous de garantie que l’on ne découvre, hélas, qu’au pire moment.
En résumé
- Vérifiez votre régime obligatoire selon votre statut : SSI pour un gérant majoritaire de SARL, un exploitant individuel, un associé unique d’EURL ou un micro-entrepreneur, régime général pour un président de SAS/SASU ou un gérant minoritaire de SARL.
- Anticipez les lacunes de couverture en souscrivant des garanties complémentaires adaptées, comme prévoyance indemnités journalières, invalidité, décès, mutuelle, PER ou contrat Madelin, car les IJ du TNS sont plus faibles et le TNS n’a pas droit à l’assurance chômage.
- Revoyez votre protection sociale à chaque changement de statut, de rémunération ou de bénéfice, car les droits suivent l’activité réelle et des cotisations minimales peuvent être dues pour un TNS même avec un bénéfice nul.
Questions fréquentes
Quel est le régime social d'un dirigeant TNS ou assimilé salarié ?
Un gérant majoritaire de SARL, un exploitant individuel ou un associé unique d'EURL relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), rattaché à la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Un président de SAS/SASU ou un gérant minoritaire de SARL est généralement assimilé salarié et dépend du régime général.
Un dirigeant TNS a-t-il droit à l'assurance chômage ?
Non, un TNS ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a pas droit. Un président de SAS en est également exclu, tandis qu'un gérant minoritaire de SARL peut, sous conditions, être couvert.
Un dirigeant TNS est-il couvert en cas d'accident du travail ?
Pour un TNS, l'AT/MP est facultative, et pour certains mandataires sociaux elle n'est pas acquise d'office. Le salarié, lui, est couvert automatiquement.
Combien touche un dirigeant en indemnités journalières en cas d'arrêt de travail ?
Pour un indépendant, les IJ ne sont versées qu'à partir du 4e jour d'arrêt, pour un montant forfaitaire plafonné à environ 60 € brut/jour. Pour un assimilé salarié, elles sont de 50 % du salaire brut journalier, plafonné à 1,4 SMIC, versées dès le 4e jour après 3 jours de carence.
Quelle retraite pour un dirigeant TNS ou assimilé salarié ?
Le TNS cotise à la retraite de base SSI et à la retraite complémentaire des indépendants (RCI). L'assimilé salarié relève de la CNAV et de l'AGIRC-ARRCO, avec des droits souvent plus élevés.