Taux d'usure et réglementation : le guide complet

Le taux d’usure est le coût maximum légal au-delà duquel un crédit devient usuraire et donc interdit ; il est fixé à partir des taux effectifs moyens pratiqués, selon une majoration d’un tiers pour les prêts immobiliers ou de 50 % pour les crédits renouvelables et découverts, puis publié chaque trimestre par la Banque de France. Il faut le comparer au TAEG, qui intègre intérêts, frais de dossier, assurance obligatoire, frais de garantie et courtage, et non au seul taux nominal. Ce plafond protège l’emprunteur contre un coût déraisonnable et sert d’outil pour vérifier ou négocier une offre de crédit.
- Qu’est-ce que le taux d’usure et sa définition légale ?
- Calcul et détermination du taux d’usure
- La mécanique officielle : comment la Banque de France fixe le seuil
- Quelles données entrent dans le calcul ?
- Tris trimestriels : la cadence à connaître
- Ce que ça change pour vous, emprunteur
- Types de taux d’usure selon les catégories de crédit
- Obligations légales des prêteurs et organismes financiers
- Réglementation actuelle et évolutions récentes
- Risques et conséquences du dépassement du taux d’usure
- Où consulter les taux d’usure actuels ?
Qu’est-ce que le taux d’usure et sa définition légale ?
Une définition inscrite dans la loi
Le taux d’usure est le coût maximum légal au-delà duquel un crédit devient usuraire. Autrement dit, il fixe le plafond du coût total que peut vous facturer un prêteur. Sa définition figure à l’article L313-3 du Code de la consommation pour les prêts immobiliers, et à l’article L314-6 pour les crédits à la consommation et les découverts. Le Code monétaire et financier complète le dispositif en encadrant l’activité des établissements prêteurs et les sanctions applicables.
Le principe est constant depuis des décennies : un prêt conventionnel est usuraire lorsque son Taux Effectif Global (TEG) — notion aujourd’hui absorbée dans le TAEG pour le crédit immobilier — dépasse de plus d’un tiers le taux effectif moyen pratiqué au cours du trimestre précédent pour une catégorie de crédit comparable. Si le taux moyen de votre catégorie est de 3,00 %, le seuil d’usure s’élève à 4,00 % (3,00 × 4/3). Au-delà, le prêt est interdit.
Taux nominal et taux d’usure : ne pas confondre
C’est l’erreur la plus fréquente, et elle vous coûte de l’argent à la négociation.
- Le taux nominal (ou taux d’intérêt) est le pourcentage affiché, appliqué au capital emprunté. Il ne reflète qu’une fraction de la charge réelle.
- Le taux d’usure se compare à un coût global : intérêts, frais de dossier, assurance emprunteur obligatoire, frais de garantie (hypothèque ou caution), frais de courtage éventuels.
Exemple concret : un prêt immobilier affiché à 3,40 % peut, une fois l’assurance et les frais intégrés, afficher un TAEG de 4,60 %. C’est ce TAEG qui doit rester sous le seuil d’usure, pas le taux nominal. Un taux nominal séduisant ne vous protège donc en rien d’un dépassement.
Une réglementation construite par étapes
Le cadre actuel est l’héritage d’une longue tradition de lutte contre l’usure. Quelques jalons :
- Loi du 28 décembre 1966 : première définition moderne de l’usure, introduction du TEG et du seuil du tiers.
- 1989 (loi Neiertz) : durcissement des sanctions et renforcement de la protection des emprunteurs surendettés.
- 2010 (loi Lagarde) et 2014 (loi Hamon) : encadrement du crédit responsable et information renforcée.
- 2019 (loi PACTE) : instauration d’un taux d’usure spécifique pour les prêts immobiliers de plus de 20 ans ou à taux variable.
Aujourd’hui, la Banque de France publie ces seuils chaque trimestre, et ils s’appliquent au trimestre suivant. C’est ce rythme qui fait du taux d’usure et réglementation un couple indissociable : la règle évolue au même rythme que les marchés.
L’objectif : protéger l’emprunteur
Derrière la technicité, l’intention du législateur est claire : empêcher qu’un prêteur profite d’une situation d’urgence ou de vulnérabilité pour imposer un coût déraisonnable. Le taux d’usure joue le rôle d’un garde-fou collectif : il protège les emprunteurs les moins bien armés pour négocier, et il fixe un référentiel objectif pour comparer les offres. Pour vous, il constitue donc à la fois une limite et un outil de négociation : connaitre le seuil en vigueur vous permet de vérifier qu’une proposition reste dans les clous — et de refuser celles qui le franchissent.
Calcul et détermination du taux d’usure
La mécanique officielle : comment la Banque de France fixe le seuil
Le taux d’usure ne sort pas d’un chapeau : il résulte d’une méthode encadrée par le Code de la consommation et pilotée chaque trimestre par la Banque de France. Concrètement, l’institution collecte auprès des établissements de crédit les taux effectifs moyens (TEG, aujourd’hui TAEG) qu’ils ont réellement pratiqués le trimestre précédent sur chaque catégorie de prêt. Elle en fait une moyenne, puis applique une majoration légale pour obtenir le taux maximal au-delà duquel un crédit devient usuraire.
Pour un prêt immobilier à taux fixe, la formule est la suivante :
Taux d’usure = taux effectif moyen pratiqué × 1,33
Soit une majoration d’un tiers. Exemple concret : si le taux moyen observé sur les crédits immobiliers d’une durée supérieure à 20 ans ressort à 3,60 %, le taux d’usure s’établit à 3,60 × 1,33 = 4,79 %.
Pour les crédits renouvelables et les découverts, la logique est différente : la majoration passe à 50 % (coefficient 1,50), car ces crédits sont plus courts et plus volatils. Un taux moyen de 6 % sur un crédit renouvelable donne ainsi un taux d’usure de 9 %.
Quelles données entrent dans le calcul ?
La base de calcul n’est pas un taux « affiché » marketing, mais bien le TAEG réellement pratiqué, assurance emprunteur comprise lorsque celle-ci est imposée. Cela change tout : un prêteur qui affiche 3,20 % mais facture une assurance groupe coûteuse peut voir son TAEG grimper à 3,80 %. C’est ce TAEG-là qui compte dans la moyenne.
Les données utilisées couvrent :
- Les TAEG effectivement appliqués lors de la période d’observation, hors prêts aidés (PTZ, prêt d’accession sociale) et hors opérations atypiques.
- Les durées de crédit, ventilées par tranches : prêts immobiliers à taux fixe de moins de 10 ans, de 10 à 20 ans, supérieurs à 20 ans ; prêts à taux variable ; crédits de trésorerie.
- Les volumes accordés, pondérés pour éviter qu’un petit établissement ne pèse autant qu’un grand réseau.
- Les catégories de crédit définies par la réglementation : découverts, crédits renouvelables, prêts personnels de 3 000 à 75 000 €, prêts immobiliers, prêts à taux variable, etc.
Tris trimestriels : la cadence à connaître
Les taux d’usure sont publiés chaque trimestre au Journal officiel : fin mars, fin juin, fin septembre et fin décembre. Ils s’appliquent pour le trimestre suivant. Cette fréquence est essentielle dans un marché qui bouge : entre 2022 et 2024, certains seuils ont varié de plus d’un point d’un trimestre à l’autre.
Conséquence pratique pour vous : le taux d’usure valable est celui en vigueur au jour de l’offre de prêt, et non celui du dépôt du dossier. Un dossier monté en fin de trimestre peut voir son taux de référence bouger de quelques dixièmes au moment de l’édition de l’offre. Dans une période de baisse des taux comme de hausse, cela peut faire basculer un dossier du côté conforme… ou non.
Ce que ça change pour vous, emprunteur
En tant que courtier, je vois régulièrement des emprunteurs focalisés sur la mensualité. Or le taux d’usure s’apprécie sur le TAEG global, frais de dossier et assurance compris. Un dossier avec un taux nominal sous le seuil peut être refusé si l’assurance groupe pousse le TAEG au-delà.
Deux leviers concrets :
- Optimiser le TAEG, pas seulement le taux nominal : déléguer l’assurance, négocier les frais de dossier.
- Vérifier le seuil du trimestre en cours, car un taux d’usure de 4,50 % au T1 et de 4,20 % au T2 ne sanctionne pas les mêmes dossiers.
Rappelez-vous : le seuil est un plafond légal, pas un objectif. Un prêteur qui propose un taux juste sous l’usure parce que son coût de refinancement est élevé… n’offre pas une bonne affaire. Le taux d’usure protège d’un excès, il ne garantit pas un bon prix.
Types de taux d’usure selon les catégories de crédit
Crédits à la consommation : des seuils par tranche de montant
Pour les prêts personnels, crédits renouvelables ou financements de type prêt travaux, la Banque de France publie chaque trimestre des taux d’usure qui varient selon le montant emprunté. Le principe est simple : plus le montant est faible, plus le seuil d’usure est élevé, car le coût fixe de traitement pèse davantage sur le coût relatif du crédit.
Concrètement, les seuils sont déclinés par tranches, par exemple :
- Prêts inférieurs à 3 000 €
- Prêts entre 3 000 € et 6 000 €
- Prêts supérieurs à 6 000 €
Un petit crédit de 1 500 € peut ainsi tolérer un TAEG nettement plus élevé qu’un prêt de 15 000 €. Cette segmentation explique pourquoi certains organismes positionnent leurs offres juste sous le plafond : c’est légal, mais cela doit vous inciter à comparer le coût total, pas seulement à vérifier que l’offre passe sous le seuil.
Crédits immobiliers : la durée comme critère structurant
Pour l’immobilier, la logique change. Le taux d’usure est déterminé par tranche de durée du prêt :
- Moins de 10 ans
- De 10 à 20 ans
- Plus de 20 ans
Plus la durée s’allonge, plus le seuil d’usure est généralement élevé, car le prêteur supporte un risque accru et l’assurance emprunteur pèse davantage dans le TAEG. Attention : c’est le TAEG, assurance emprunteur incluse, qui est comparé au seuil. Un taux nominal confortable peut donc franchir la limite dès que l’assurance est intégrée, surtout pour un emprunteur âgé ou en risque de santé aggravé. C’est un point que je vérifie systématiquement avec mes clients : changer d’assurance (délégation) peut suffire à repasser sous le seuil.
Crédits professionnels : plusieurs sous-catégories
Les financements professionnels ne relèvent pas d’un seuil unique. La réglementation distingue notamment :
- Les prêts professionnels classiques
- Les découverts et crédits court terme aux entreprises
- Les prêts immobiliers aux professionnels
Les seuils reflètent le risque et la maturité de chaque type d’opération. Un découvert professionnel, par nature révisable et court, supporte un seuil d’usure plus élevé qu’un prêt immobilier professionnel amortissable sur 15 ans.
Découverts et facilités de caisse : un cas à part
Les découverts, facilités de caisse et crédits court terme font l’objet d’un taux d’usure spécifique, distinct de celui des crédits à la consommation. La raison est simple : ces concours sont révocables à tout moment et leur coût dépend d’une commission, d’un taux débiteur et parfois de frais de dépassement. Le taux d’usure et la réglementation encadrent strictement ces pratiques, notamment pour éviter que les frais de forçage ne fassent exploser le coût réel.
Montant, durée : pourquoi ces différences comptent pour vous
Retenez que la catégorie de votre crédit détermine le seuil applicable, et que ce seuil évolue chaque trimestre. Deux dossiers avec la même banque, le même profil et le même taux nominal peuvent donc basculer de part et d’autre de la limite selon :
- Le montant emprunté (tranches du crédit conso)
- La durée (tranches du crédit immobilier)
- Le type de concours (découvert vs prêt amortissable)
Mon conseil de courtier : raisonnez toujours en TAEG et en coût total, pas en mensualité. Une offre sous le seuil d’usure n’est pas forcément une bonne offre — elle est simplement légale. Le seuil protège contre l’abus, il ne garantit pas la compétitivité.
Obligations légales des prêteurs et organismes financiers
Le taux d’usure : un plafond légal infranchissable
En tant que courtier, je le répète à chaque dossier : le taux d’usure n’est pas une recommandation, c’est une interdiction légale. Fixé par la Banque de France chaque trimestre, il plafonne le TAEG de votre crédit. Concrètement, un prêteur ne peut pas vous proposer un financement dont le TAEG dépasse ce seuil. Exemple : si le taux d’usure pour un crédit immobilier de 20 ans et plus est de 3,50 %, un prêt affiché à 3,65 % TAEG est tout simplement illégal. Le prêteur doit vérifier ce plafond au moment de l’émission de l’offre, et non à la signature. Cette vérification relève de sa responsabilité, pas de la vôtre. Un établissement qui laisse passer un dossier usuraire engage sa responsabilité, même s’il n’a pas rédigé l’offre lui-même.
L’information préalable : un droit, pas une faveur
Avant toute offre, l’établissement de crédit doit vous remettre une fiche d’information précontractuelle (FISE/ESIS pour le crédit immobilier). Cette fiche détaille noir sur blanc :
- le TAEG et le taux de période ;
- le coût total du crédit et le montant total dû ;
- le montant des mensualités et l’échéancier ;
- le coût de l’assurance emprunteur, si elle est exigée ;
- le taux d’usure en vigueur au moment de l’édition de l’offre.
Cette obligation, prévue par la réglementation, vous permet de comparer plusieurs propositions sur une base identique. Pour un crédit immobilier, vous bénéficiez ensuite d’un délai de réflexion de 10 jours avant d’accepter l’offre. Pour un crédit à la consommation, c’est un droit de rétractation de 14 jours. Ne signez jamais dans la précipitation : ce délai est votre meilleur allié.
Des sanctions civiles et pénales dissuasives
Que se passe-t-il si un prêteur dépasse le taux d’usure ? Les conséquences sont lourdes :
- Sanction civile : la clause d’intérêt est nulle. Vous ne remboursez que le capital emprunté, majoré des intérêts au taux légal. Sur un prêt de 200 000 € à 3,65 % sur 20 ans, la différence peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Le prêteur peut aussi être condamné à vous verser des dommages-intérêts pour le préjudice subi.
- Sanction pénale : le fait de consentir un prêt usuraire est puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende (article L341-50 du Code de la consommation). Le dirigeant de l’établissement peut être personnellement poursuivi. La personne morale encourt également une amende.
- Déchéance du droit aux intérêts : en cas de manquement à l’obligation d’information préalable, le juge peut priver le prêteur de tout ou partie des intérêts. Le capital reste dû, mais les intérêts contractuels sont supprimés.
Nullité partielle ou totale du contrat
La sanction n’est pas automatiquement la nullité totale du contrat. Le juge prononce généralement la nullité de la clause d’intérêt : le crédit continue, mais vous ne payez plus les intérêts contractuels. Dans les cas les plus graves — dol, erreur sur le TAEG, absence totale d’information —, la nullité totale du contrat peut être demandée. Vous disposez alors de cinq ans pour agir à compter de la signature ou de la découverte du vice. En tant que courtier, je conseille systématiquement de vérifier que le TAEG figure sur l’offre et de le comparer au taux d’usure publié. Un écart, même faible, justifie une contestation. Vous pouvez saisir le médiateur de la consommation ou, en dernier recours, le tribunal judiciaire. Le taux d’usure et la réglementation qui l’encadre sont strictement contrôlés par l’ACPR et la DGCCRF, qui peuvent prononcer des sanctions administratives allant jusqu’au retrait d’agrément.
Réglementation actuelle et évolutions récentes
Un socle légal à deux étages : Code de la consommation et Code monétaire et financier
La définition du taux d’usure figure à l’article L.314-1 du Code de la consommation : un prêt est usuraire lorsque son TAEG dépasse de plus d’un tiers le taux effectif moyen pratiqué au trimestre précédent par les établissements de crédit pour des opérations de même nature et de risques analogues. Mais l’architecture du métier, elle, repose sur le Code monétaire et financier : articles L.312-1 et suivants (opérations de banque), L.313-1 et suivants (conditions des opérations de crédit), agrément des établissements, statut des intermédiaires (IOBSP, dont relève tout courtier immatriculé à l’ORIAS), encadrement de la distribution d’assurance. C’est ce second code qui fixe vos garanties concrètes : devoir de conseil, information précontractuelle, traçabilité des dossiers, et sanctions administratives prononcées par l’ACPR en cas de manquement.
Des directives européennes qui s’imposent au quotidien
Trois textes structurent votre dossier :
- Directive 2008/48/CE (crédit à la consommation) : elle a imposé le TAEG comme étalon unique de comparaison et l’encadré européen normalisé.
- Directive 2014/17/UE, dite DCI (crédit immobilier) : fiche FISE, conseil obligatoire, exigences de compétence et de formation des intervenants. Transposée en droit français depuis 2016.
- Directive DDA 2016/97 (distribution d’assurances) : applicable depuis le 1er octobre 2018, elle encadre la vente d’assurance emprunteur, y compris en délégation.
Ce qui a changé depuis 2020
Les évolutions sont allées vite :
- Loi du 28 février 2022 dite « Lemoine » : suppression du questionnaire de santé pour les prêts immobiliers de moins de 200 000 € remboursés avant 60 ans, résiliation infra-annuelle de l’assurance emprunteur à tout moment depuis le 1er juin 2022 (préavis réduit, délai de renonciation de 10 jours), obligation d’information sur les économies possibles.
- Loi pouvoir d’achat du 16 août 2022 : mensualisation temporaire du taux d’usure pour débloquer des dossiers coincés par la remontée brutale des taux.
- Pérennisation de la mensualisation : depuis le 1er février 2024, la Banque de France publie les taux d’usure chaque mois, contre trimestriellement auparavant.
Quand la crise des taux a fait exploser l’effet de ciseaux
Entre début 2022 et fin 2023, le taux d’usure sur les prêts immobiliers de 20 ans et plus est passé d’environ 2,40 % à plus de 4 %. Problème : les barèmes bancaires montaient plus vite que l’usure. Résultat concret, un dossier à 3,60 % nominal, plus 0,55 % d’assurance emprunteur et 1 000 € de frais de dossier sur 250 000 € pouvait franchir le plafond alors que le taux facial restait dans les clous. Des emprunteurs solvables ont été refusés, parfois pendant plusieurs mois. Depuis 2024, la détente ramène ces plafonds vers 3,5 % à 4 % selon la durée, mais l’usure reste un point de vigilance à chaque négociation.
Transparence et consultation : le rôle de la Banque de France
La Banque de France collecte chaque mois les taux effectifs moyens déclarés par les établissements, consulte les associations professionnelles (AFB, ASF, associations de consommateurs) et publie les plafonds catégorie par catégorie sur son site. Les évolutions réglementaires, elles, passent par des consultations publiques de l’ACPR et du Trésor, ouvertes aux professionnels comme au grand public. En tant qu’intermédiaire, je consulte ces publications avant chaque dossier : c’est la seule façon de savoir si votre montage passe ou casse.
Risques et conséquences du dépassement du taux d’usure
Une sanction lourde : la nullité de la stipulation d’intérêt
Quand un prêteur accorde un crédit à un TAEG supérieur au taux d’usure publié par la Banque de France, la sanction tombe : la stipulation d’intérêt est purement et simplement annulée. Le prêteur est alors déchu de tout droit aux intérêts — pas seulement de ceux qui dépassent le seuil, mais de la totalité des intérêts contractuels. Concrètement, l’emprunteur ne rembourse plus que le capital emprunté, hors intérêts et, dans certains cas, hors indemnité de remboursement anticipé.
Cette sanction est d’autant plus lourde pour l’établissement qu’elle reste attachée au prêt pendant toute sa durée. Sur une opération de 250 000 € sur 20 ans souscrite à 4,5 % alors que l’usure plafonnait à 4 %, l’annulation fait perdre au prêteur l’essentiel de sa marge — plusieurs dizaines de milliers d’euros de produits d’intérêts.
Restitution des intérêts versés en excès
Autre conséquence directement financière : tout intérêt déjà encaissé au-delà du capital doit être restitué à l’emprunteur. Le prêteur peut même être condamné à rembourser l’intégralité des intérêts perçus si la déchéance est totale. La demande se prescrit par cinq ans à compter de la signature du contrat (article 2224 du Code civil), et ce délai court souvent à partir de chaque échéance litigieuse, ce qui permet une remontée longue dans le temps.
Un coût administratif et pénal réel
Au-delà du civil, la réglementation sur le taux d’usure prévoit des sanctions administratives. L’établissement s’expose à :
- une amende administrative dont le montant peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une personne morale, aggravée en cas de manquement répété ;
- un blâme public prononcé par l’ACPR ou la DGCCRF ;
- des injonctions à modifier les pratiques commerciales sous astreinte.
Pour un réseau bancaire, l’accumulation de dossiers non conformes peut rapidement devenir systémique et déclencher un contrôle approfondi de l’autorité de tutelle.
L’action des consommateurs et des associations
Les emprunteurs sont de mieux en mieux informés. Une simple vérification du TAEG mentionné dans l’offre de prêt face aux taux d’usure du trimestre permet de détecter un dépassement. Les associations de consommateurs (CLCV, UFC-Que Choisir, AFOC) n’hésitent plus à porter ces dossiers en justice, parfois en action de groupe. La procédure est d’autant plus accessible que l’avocat peut être réglé sur les sommes récupérées, et que la charge de la preuve pèse largement sur le prêteur.
Un risque réputationnel durable
Enfin, une condamnation pour prêt usuraire produit un effet commercial à long terme. Les classements comparateurs, les réseaux sociaux et la presse économique relaient vite ces décisions, et la confiance des nouveaux emprunteurs ou des apporteurs d’affaires (agents commerciaux, courtiers partenaires) se dégrade. Pour un établissement, mieux vaut sécuriser chaque dossier en amont — en vérifiant systématiquement le TAEG contre le barème publié au Journal officiel — que d’assumer ensuite une déchéance d’intérêts et une amende.
Où consulter les taux d’usure actuels ?
La Banque de France, seule source officielle
Soyons clairs : le taux d’usure n’est pas une donnée que chaque banque publie à sa guise. Il relève d’une publication officielle, encadrée par la réglementation, et c’est la Banque de France qui en assure la diffusion pour le compte de l’État. Autrement dit, si vous voyez un chiffre circuler ailleurs sans référence à cette source, considérez-le comme non fiable.
La Banque de France publie ces seuils au Journal officiel, puis les met à disposition du grand public. C’est cette publication qui fait foi en cas de litige : un prêteur qui accorderait un crédit au-delà du taux d’usure s’expose à la déchéance totale ou partielle des intérêts. D’où l’importance, pour vous comme pour moi, de consulter la donnée à la bonne source.
Où trouver l’information concrètement
Le site de la Banque de France met à disposition une page dédiée aux taux d’usure, actualisée et accessible gratuitement. Vous y accédez en quelques clics, sans compte ni inscription :
- Rendez-vous sur le site officiel de la Banque de France, rubrique « Crédits », puis « Taux d’usure ».
- Vous y trouvez un tableau récapitulatif par catégorie de crédit.
- Chaque ligne indique le seuil en vigueur pour le trimestre en cours.
Depuis 2023, les données sont également consultables via le portail data de la Banque de France, sous forme de séries historiques. Utile si vous voulez comparer l’évolution sur plusieurs trimestres.
Les catégories à distinguer
Le taux d’usure n’est pas unique : il est décliné par type de crédit. Vous y retrouverez notamment :
- Prêts immobiliers à taux fixe
- Prêts immobiliers à taux variable
- Prêts personnels et crédits à la consommation (selon le montant)
- Crédits renouvelables
- Prêts de trésorerie et découverts
- Prêts professionnels
À titre d’exemple, au premier trimestre 2025, le taux d’usure des prêts immobiliers à taux fixe d’une durée supérieure à 20 ans s’élevait à environ 5,20 %, contre un peu plus de 3 % deux ans auparavant. Les écarts entre catégories peuvent atteindre plusieurs points selon la durée et le montant emprunté.
Une mise à jour trimestrielle
Retenez bien ce rythme : les taux d’usure sont révisés chaque trimestre, avec une publication en fin de trimestre précédent (fin décembre pour janvier, fin mars pour avril, etc.). Concrètement, vous disposez donc de trois mois de visibilité. Ce calendrier n’est pas anodin : il conditionne la date de signature de votre offre de prêt. Un dossier signé le 28 mars n’aura pas le même seuil qu’un dossier signé le 2 avril.
Pourquoi c’est utile pour vous
Comme emprunteur, ce taux d’usure fixe la limite au-delà de laquelle votre crédit ne peut plus être accordé. Si votre banque vous propose un TAEG qui s’en approche dangereusement, vous avez tout intérêt à comparer avec notre simulateur de TAEG ou à faire jouer la délégation d’assurance pour faire baisser le coût total.
Les comparateurs de crédit s’appuient tous sur cette publication officielle pour filtrer les offres. Si un professionnel vous affiche un TAEG supérieur au taux d’usure, refusez net : l’offre serait illégale.
Le réflexe est donc simple : avant de signer, vérifiez le taux d’usure du trimestre en cours sur la source officielle. Cela vous donne un point de comparaison neutre, sur lequel ni la banque ni l’intermédiaire ne peuvent négocier.
En résumé
- Vérifiez toujours le TAEG de l’offre, car c’est ce coût global qui doit rester sous le seuil d’usure, pas le taux nominal affiché.
- Consultez le taux d’usure publié chaque trimestre par la Banque de France, applicable au trimestre suivant, avant de valider un crédit.
- Retenez que le seuil d’usure se calcule par une majoration du taux effectif moyen : ×1,33 pour un prêt immobilier à taux fixe et ×1,50 pour les crédits renouvelables et découverts.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le taux d'usure ?
Le taux d'usure est le coût maximum légal au-delà duquel un crédit devient usuraire. Il fixe le plafond du coût total que peut facturer un prêteur.
Comment est calculé le taux d'usure ?
La Banque de France collecte les taux effectifs moyens (TEG, aujourd'hui TAEG) pratiqués le trimestre précédent, en fait une moyenne puis applique une majoration légale. Pour un prêt immobilier à taux fixe, la formule est taux effectif moyen × 1,33 ; pour les crédits renouvelables et découverts, la majoration est de 50 %.
Quelle est la différence entre taux nominal et taux d'usure ?
Le taux nominal est le pourcentage affiché appliqué au capital emprunté, tandis que le taux d'usure se compare à un coût global incluant intérêts, frais de dossier, assurance emprunteur obligatoire, frais de garantie et courtage éventuels. C'est le TAEG qui doit rester sous le seuil d'usure, pas le taux nominal.
Quand les taux d'usure sont-ils publiés et quand s'appliquent-ils ?
Ils sont publiés chaque trimestre au Journal officiel : fin mars, fin juin, fin septembre et fin décembre. Ils s'appliquent pour le trimestre suivant.
Que se passe-t-il si le TAEG d'un crédit dépasse le taux d'usure ?
Un prêt conventionnel est usuraire lorsque son TEG — aujourd'hui absorbé dans le TAEG pour le crédit immobilier — dépasse de plus d'un tiers le taux effectif moyen pratiqué au trimestre précédent pour une catégorie comparable. Au-delà du taux d'usure, le prêt est interdit.